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« Dernière ligne droite »

Après sa première matinée de travail, comme elle le faisait chaque jour avant notre voyage, Bibiche me lançait un coup de téléphone. Sur le moment, j'ai eu comme un doute. Tout dans sa voix laissait imaginer le pire. La reprise s'était effectuée avec beaucoup de difficultés. Vraisemblablement, elle était exténuée. Gaie, comique même durant de si longs mois depuis notre rencontre, elle me déconcertait. Je redoutais le pire, car je la sentais effondrée. C'était pour moi, après avoir raccroché, le début de mon calvaire.

Tout me passait par la tête. Ses malaises répétés tout au long de l’année, les poussées de fièvre, les réflexions des voisins, les tensions au bureau comme au magasin... Le plus dur, aura été d’éluder avec conviction et une certaine fermeté, les craintes concernant notre couple. Rien ne justifiait cet état pour le moins apathique de mon épouse. Encore moins les poussées de fièvre ni les chutes énergétiques. Il aurait été plus que probable, qu’elle ait pu songer à une séparation ? Plus les minutes s’écoulaient, plus je me focalisais sur cette hypothèse.

Durant plusieurs heures, avant de manger du bout des lèvres, je ruminais les pires scénarios. Je ne pouvais pas admettre cependant, que Bibiche ait pu me trahir. Quand je délirais ainsi, je me giflais pour revenir à la raison. Si mon épouse était à ce point hypocrite et perverse, alors là, je voulais bien revêtir la soutane de curé. Je pouvais bien me laisser enivrer par les romances de mon imagination, mais jamais, je n'ai douté de Bibiche. J'étais certain au contraire, qu’elle cachait en vérité un état beaucoup plus dépressif. Je me sentais impuissant, incapable de faire le moindre geste. J'avais envie de tout casser, de tout briser. Dieu m'imposait la sagesse et la pondération. Si elle me cachait une autre vérité, plus insidieuse et dramatique ? C'est vrai, je l’avais rarement accompagnée pour ses examens médicaux, me contentant de lui faire confiance. Si, par malheur, elle était gravement malade au point de me dissimuler la vérité ?

Avec l’opération qu’elle avait subie, et la précarité presque quotidienne de son tonus, je réalisais soudain que cette hypothèse, était de loin la plus crédible. Mon sang ne fit qu’un tour. Le fait qu’elle refusait que j’aille la chercher à midi, augmentait mes craintes à ce sujet. J’hésitais un moment, décrochais le combiné, puis reposais le téléphone sans avoir le courage d’appeler Bibiche. Je faisais les cent pas entre la cuisine et le vestibule. La table, que j’avais dressée pour deux depuis tôt le matin, paraissait me narguer. Insolent objet, qui ne comprenait pas l’étendue de mon désarroi.

À son habitude, elle avait mijoté un divin petit repas, comme elle les mitonnait si bien depuis bientôt deux ans. Ce qui était habituellement un instant privilégié, se métamorphosait soudain en moment de tristesse et de solitude. Pourquoi serait-elle absente aujourd’hui ? J’avais beau me poser cette question des dizaines et des centaines de fois, je n’entrevoyais pas la lueur d’une compréhension.

Après mon déjeuner, je décidais de m'installer derrière mon ordinateur. Il me fallait à tout prix recouvrir ma sérénité et mon calme. Heureusement que nous avions acheté quelques cartouches de cigarettes ! Car depuis le matin, j'en étais à mon deuxième paquet. Je n'avais aucune envie d'écrire, mais je me forçais tout de même, pour échapper à mes tourments. Je restais dix minutes assis, modifiant sans cesse le déroulement de mon scénario.

Je me rendais vite compte que mes personnages, étaient en train de suivre mon humeur noire. Doux et affables dans la version initiale, ils devenaient agressifs et vindicatifs au fur et à mesure, que je m'imposais ces minutes d'écriture. Heureusement que j'en ai pris conscience rapidement. Ce qui m'évitait de dénaturer l'histoire. Mais avait-elle un sens à présent ? Je me posais cette question, plus pour justifier mon déséquilibre moral, que par souci d'éthique véritable. En attendant, j'effaçais sans regret les quelques pages que je venais d'écrire.

Je délaissais mon roman, pour aller quelques instants sur le balcon prendre l'air. J’étais KO debout. Je déambulais d’un point à l’autre de l’appartement, sans pouvoir fixer mon attention sur rien. À chaque passage devant le bar, je remplissais mon verre de cognac. Combien en avais-je bus ? Soudain, je réalisais que j'étais en train de glisser sur la mauvaise pente. En effet, en me servant un autre verre de digestif, je prenais conscience de la gravité de la situation.

Les cigarettes, passait encore. L'alcool, là, je ne devais pas me hasarder sur ce chemin boueux. Puisque je ne parvenais pas à trouver l'inspiration dans mon roman, il me fallait fixer mon attention sur autre chose. Car au rythme ou j'y allais, j'allais prendre une belle cuite ! Ce n'était pas le moment. Mon instinct me poussait à chercher quelque chose dans l'appartement. Quoi ? Pourquoi subitement, cette envie d'inquisition ? Je n'avais jamais fouiné dans les tiroirs, où étaient rangés tous les documents du ménage. Je n'y découvrais rien, qui aurait pu être susceptible d'éclairer ma lanterne. Dans la chambre alors ? Rien dans l'armoire, rien dans sa table de nuit... Dans la mienne peut-être ? Le vide le plus complet. Je commençais à reprendre espoir, conscient que mon imagination me conduisait bien trop loin.

Soudain, en arrivant à hauteur du téléphone, mon attention fut attirée par une enveloppe, glissée sous le répondeur. J’avais téléphoné deux ou trois fois, sans même la voir. Le doute n’était pas permis, elle dépassait suffisamment l’appareil pour y avoir été déposée, dans l’intention d’être aperçue. Mon sang ne fit qu'un tour. J'ai été contraint de m'asseoir sur le canapé pour reprendre mon souffle. J'avais dans les mains une enveloppe, sur laquelle mon prénom était inscrit. Pas le moindre mot tendre ne l'accompagnait. Bibiche m'avait tellement habitué à lire ses billets doux, qu'elle me laissait sur la table en partant le matin, que la vue de mon seul prénom me perforait le cœur.

Me ressaisissant, je prenais le courage d'ouvrir cette maudite enveloppe d'une main tremblante. À l'intérieur une page manuscrite. L'écriture était horrible. J'avais du mal à lire. En fermant les yeux quelques secondes, il me semblait entendre Bibiche. Je la voyais en train de me crier, des mots que je ne parvenais pas à entendre. Ces mêmes mots, allais-je les découvrir sur cette feuille ? Mes yeux se gonflaient de larmes, avant même d'avoir parcouru cette missive dramatique. Je restais quelques minutes, déversant le trop plein de mon émotion. Était-ce la lettre de rupture que je redoutais depuis le matin ? Courage. Je devais impérativement surmonter ma peine, et découvrir enfin, la clef de cette énigme cruelle. Je me servais un autre bon verre de cognac. Après avoir allumé une énième cigarette, je prenais mon courage à deux mains et décryptais ce hiéroglyphe :

Mon amour,

Pourquoi tant de mystères ? Je savais en écrivant ces mots, que jamais je n’aurai le courage de t’avouer ce qui depuis plus d’un an me déchire le cœur. J’étais persuadée que tôt ou tard, tu allais découvrir la vérité, ce qui me paralysait. Après bien des hésitations, j’en suis parvenue à la solution extrême : quitter mon emploi.

J’ai pris rendez-vous avec mon patron, qui savait que depuis plusieurs mois je n’étais pas au mieux de ma condition. Quand je lui ai communiqué les rapports médicaux, il n’a eu aucun mal à satisfaire à ma demande. Il voulait me donner un congé sans solde de six mois, mais je n’ai pas accepté.  C’est le seul point qui soit positif pour moi. Je trouverai sans mal un poste équivalent. Car tu le sais, pour l’avoir compris, l’ambiance au bureau était devenue infecte, à un point qu’il est impossible d’imaginer. En quelques mots, pour en résumer l’ampleur, ma « chère subalterne », depuis notre mariage, imitait ma signature sur l’un des comptes clients que je gérais, pour détourner l’argent à son profit.

Tout ça, dans le seul but de me nuire et me faire perdre mon honneur en plus de mon emploi. Sans l’aide avisée d’un ami avocat, qui a découvert l’odieuse machination, j’aurais sans doute été condamnée. Le choc a été d’une telle violence, qu’il a été le point de départ de mes ennuis de santé. Je ne serai pas là, quand tu apprendras cette terrible nouvelle, telle que je la redoute depuis notre départ à Dakar. Voilà pourquoi je n’étais pas au mieux de ma forme durant ce séjour, pourtant idyllique en tout point. Les derniers examens au mois de juin, laissaient supposer le pire.

Depuis le début de cette année 91, je suis dans le doute. Aucun médecin ne veut infirmer ni confirmer la gravité de ma maladie. Toujours est-il qu’aujourd’hui, je vais être fixée une fois pour toutes. J’ai rendez-vous à 12h30 à l’hôpital, pour savoir si oui ou non les grosseurs qu’ils m’ont enlevées en 89 étaient cancéreuses ou pas. Pour être sûrs de ne pas établir de mauvais diagnostics, juste avant de partir à Dakar j’ai subi des prélèvements. Les biopsies prévues ont été faites et j’aurai les résultats aujourd’hui. Je te demande pardon mon doux amour, de n’avoir pas eu le courage de te parler franchement et te faire part de mes inquiétudes. Je ne peux que rendre hommage au dévouement avec lequel tu t’es dépensé pour me maintenir à flot. J’espère que Dieu dans sa miséricorde, nous épargnera une fin aussi tragique. Car si ce n’est pas pour moi, c’est pour toi que je pleure en imaginant le pire.

Certes, le cancer n’est plus aussi redoutable que par le passé. Hélas, il occasionne encore trop de décès et c’est en tremblant face à cette éventualité, que je me dois de t’informer. Je te demande encore mille fois pardon pour ce manque de courage. J’étais perdue dans ton regard, noyée dans ce torrent de bonheur dans lequel tu m’as plongée depuis le premier jour. Je ne me sentais pas la force de briser une telle aura de douceur et de tendresse. La seule chose dont tu puisses être certain, c'est que je t'aime et t'adore comme jamais je n'ai eu avant toi, l'occasion de l'apprécier.

Je t'embrasse très fort... Ton Petit Bouchon adoré...

J'ai du lire et relire une bonne dizaine de fois cette lettre explosive et pathétique. Les yeux brouillés par un torrent de larmes, je déversais sans le réaliser, toutes les réserves lacrymales de mon corps. La solution m'était apportée, cinglante et cruelle.

Loin d'avoir envie de tout casser, j'étais sonné, effondré. À cet instant précis, je revivais les images de Bibiche, quelques heures avant le départ à l'aéroport, et tout au long de notre séjour. Dire que j'avais osé à certains moments, croire à de la supercherie de sa part !

Je me sentais encore plus sale et dépouillé de mon honneur. Qu'allait-elle devenir ? Pour quelle parle de cancer dans sa lettre, il fallait que les doutes à son sujet soient évidents. Je n'avais qu'une obsession, la santé de Bibiche. J'étais tellement crispé et tendu, qu'en serrant les poings, je m'enfonçais les ongles dans les paumes des mains. J'essayais tant bien que mal de retrouver mon calme. Bibiche avait plus que jamais besoin de moi.

L'épreuve que Dieu nous imposait était de taille, mais indispensable. Elle était cuisante mais bénéfique, puisqu’elle nous confortait dans notre amour. Loin de me laisser aller au pessimisme, j’essayais de puiser entre les lignes tout l’espoir qui en émanait : « Je trouverai facilement un emploi équivalent... J’espère que Dieu nous préservera »... Avec une maladie comme le cancer, le moral contribue à plus de quatre-vingt pour cent à la guérison.

Le fait de manifester, même inconsciemment, le moral et l’envie de vaincre, était suffisant à mes yeux pour m’accrocher à cet espoir. Le magnétisme que j’avais apporté à mon épouse, et je m’en réjouissais, avait du pour sa part enrayer l’évolution de la maladie, comme il l'avait fait avec notre amie en 90. Je n’étais pas un fervent adepte des prières, mais ce jour-là, je suppliais Le Tout-Puissant de toutes mes forces. Il nous avait ouvert la voie royale du bonheur, que nous n’avions jamais quittée. Seul un amour puissant et authentique, pouvait nous sauver et nous sortir de ce mauvais pas. Abandonner mon trésor de femme ? À quelle heure ! Je l’avoue humblement, je mourais d’envie d’aller à son bureau, pour régler mes comptes. À quoi cela aurait-il servi ?

Quelques heures plus tard, tout rentrait dans l'ordre. De retour à la maison, Bibiche était enfin sortie de son ghetto moral et du labyrinthe médical. Soulagée, délestée de ce fardeau de la crainte et de la peur, elle retrouvait le jour même, un tonus extraordinaire. Fière, elle brandissait en arrivant à la maison, le compte rendu des médecins. Les analyses étaient négatives. Pas la moindre trace de tumeur cancéreuse.

Pour enrayer définitivement les dernières infections urinaires, à titre préventif plus que curatif d’ailleurs, le professeur lui avait conseillé de prendre des antibiotiques pendant une quinzaine de jours. Je n’étais pas enchanté, mais je sentais que la stabilité du moral de Bibiche en dépendait. Le soir, après le dîner, elle éprouvait un besoin évident de se confier, parler, se libérer du poids qui l’oppressait. Elle se sentait coupable à un niveau encore jamais atteint jusque-là. Coupable, d’avoir en quelque sorte triché en taisant la vérité. Coupable, de n’avoir pas su trouver en moi le complice, l’allié, le confident, qu’elle pensait avoir rencontré. Coupable, par-dessus tout, d’avoir inconsidérément donné sa démission.

Elle m’a expliqué en long et en large, pourquoi elle en était arrivée là. Elle était burinée moralement par cette maladie lancinante et insidieuse. Mais elle l’était bien davantage, en pensant à ce que par vice, des personnes fussent capables de faire. Fatiguée d’avoir à lutter tous les jours contre les mesquineries au bureau, déchirée de se sentir seule pour affronter son calvaire. Elle s’était laissée aller à un acte irréfléchi. Elle s’en mordait les doigts et ne savait plus comment faire, pour se faire pardonner. Loin de la blâmer, je lui interdisais de reprendre contact avec son patron, pour revenir sur sa décision. Pour éliminer les dernières traces de culpabilité dans son esprit, je lui faisais part de tout ce que j’avais enduré en silence.

Les coups de téléphone et les lettres anonymes... Les réflexions de mes patientes « parachutées »... Sans haine ni courroux, j’étalais devant elle le tapis poussiéreux sur lequel, les détracteurs s’essuyaient les pieds. Qui s’était juré de détruire notre couple et pourquoi ? Je ne voulais pas en savoir davantage. Si Dieu avait permis qu’elle se délivre des griffes de ses ennemis sournois, ce n’était pas sans raison.

L’avenir était devant nous et non derrière. Lentement, je l'ai sortie de son marasme, en lui demandant simplement d’oublier. Nous étions en train de tourner une page du livre de notre vie. Certes, en tenant compte de ce brusque changement de situation, sur le plan financier, nous devions être vigilants. Notre amour n’était-il pas plus important que tout l’or du monde ? Jamais, contrairement aux inepties élaborées par certains, l’argent n’avait fait le bonheur de personne. Il y contribuait sans doute, mais en aucun cas, il ne pouvait se substituer aux valeurs fondamentales auxquelles nous étions fortement attachés. Pour l'argent, certains requins étaient prêts à tout, n'hésitant pas à tuer père et mère. Ils n'avaient pas compris, et ne le comprendront sans doute jamais, que sans la moindre notion d'amour, l'argent ne possède aucune valeur intrinsèque.

Tout travail mérite salaire, nul ne peut ni ne doit le contester. Que certains gagnaient plus que d'autres, c'était encore acceptable ; si cela était justifié bien sûr. Que pour l'argent, des êtres humains se croient supérieurs et écrasent celles et ceux qui le leur font gagner, là, je ne suis pas du tout d'accord. L'argent se doit de rester un trait d'union. Une sorte d'outil de communication, voire de troc, entre les personnes ; tu me donnes ceci, et en échange je te donne l'équivalent en monnaie.

Ce principe, je l'ai acquis grâce à mon magnétisme. Aujourd'hui, il est encore plus présent dans mon esprit. Quant à ceux qui passent leur temps à spéculer, critiquer, je ne peux que formuler à leur encontre, un vœu d'amour et de pardon. En leur rappelant que c'est dans l'épreuve et la souffrance, et uniquement grâce à elles, que les valeurs humaines parviennent à leur apogée. Non dans l’opulence et l’apparence d’une pseudo-notoriété.

Nul ne peut présager de rien. S'il est facile de montrer du doigt, et mépriser au lieu d'aimer, il est plus dur d'assumer une vie heureuse et sincère. Comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, peut-être est-il encore temps de modifier certains de ces fâcheux comportements, qui avilissent plus qu'ils ne valorisent ? Il n'y a que les sots qui n'évoluent pas n’est-ce pas ? Amaigrie, affaiblie, mais heureuse, Bibiche avait besoin de se refaire une santé. Puisqu'elle était au chômage, elle avait bien droit à quelques jours de repos amplement mérités. Ce n'était pas de gaieté de cœur, mais je devais faire abstraction de mon confort personnel à son profit.

Où, mieux que chez ses parents, pourrait-elle éliminer les traces de cette angoisse ? Une semaine, quinze jours ou plus, peu m'importait. Je savais que ce serait dur, séparé d'elle, mais ce n'était pas en tournant en rond dans la maison sans sortir, qu'elle aurait pu recouvrir une meilleure santé. Car depuis son retour, elle ne voulait plus voir personne et encore moins aller se balader. Je ne m'en plaignais pas bien au contraire, moi qui étais plutôt du genre casanier. Elle avait pris tout le monde en grippe. Ses collègues de travail, nos voisins, le peu d’amis qui nous restait. Elle en voulait à la terre entière. Le contrecoup nerveux ne faisait aucun doute. Le phénomène de rejet sur les autres était naturel. Honteuse et coupable, elle cherchait à rejeter sur autrui la responsabilité de sa fuite en avant.

J’avais beau essayer de lui faire admettre que le fait de ne plus avoir d’emploi momentanément ne changeait rien, elle persistait dans son mutisme. Je sentais bien que cette plaie béante, serait difficilement refermée. Je faisais du mieux que je pouvais, mais ne parvenais pas à endiguer cette hémorragie morale, qui la clouait du matin au soir dans une léthargie totale.

Je reprenais doucement mes séances avec mes patients, conscient avant toute chose que je ne devais pas oublier ma mission. L'avenir était devant nous, et non derrière. Quelles seraient les autres épreuves à traverser ? Dans quelle direction Le Tout-Puissant nous emmènerait-il ? Les restrictions auxquelles nous devions désormais nous astreindre, permettaient à Bibiche de prendre enfin de bonnes résolutions envers l'argent. Compte tenu de nos très faibles ressources, il était temps pour elle, de commencer à calculer. Sur ce point, j'étais plutôt à l'aise. Docilement, elle acceptait avec dignité de se laisser guider. Nous avions encore quelques économies, mais sans ressources officielles, il ne fallait pas déraper sur le verglas de l'extravagance !

Plus question de s'accorder le moindre superflu. Grâce aux parents, une fois de plus, nous pouvions honorer nos échéances principales. De mon côté, je faisais feu de tout bois pour trouver un emploi. Trop content de pouvoir enfin, subvenir seul aux besoins de notre foyer. Je mettrais à profit l'absence de Bibiche, pour m'enquérir des possibilités à ce sujet. Restait à convaincre ma dulcinée, du besoin impératif de cette séparation provisoire.

C'était pour la bonne cause naturellement. Je me mettais à sa place. Elle acceptait difficilement de se passer de tendresse et de câlins, ne serait-ce que quinze jours. Il aura fallu toute la diplomatie de ses parents, et tout mon courage, pour finalement la convaincre. Tous les vicaines, je promettais de les passer auprès d'elle. Ce n'était pas l'euphorie, mais très vite, elle comprenait que c'était pour son bien. J'avais besoin malgré tout, et ne me cachais pas de lui dire, de prendre un certain recul face à la situation.

Faire le vide en moi, loin de toute pression. J'avais le sentiment de commencer une sorte de reconversion mentale. Épurer ce qui jadis, m'avait fait souffrir. Seul, j'avais plus de chances d'y parvenir. La présence de mon épouse, plus amoureuse que jamais, ne pouvait que me desservir dans cette envie de faire la lumière en moi.

Je n'ai pas attendu des jours pour éprouver avec tristesse, les premières grosses difficultés. Le soir même du départ de Bibiche, je commençais à tourner en rond comme un ours en cage. Je mourais d'envie de la supplier de revenir. Je voulais me montrer à la hauteur, et ne pas me comporter comme un enfant capricieux. C'était là précisément, que le travail sur moi-même débutait. De mon attitude forte et déterminée, jaillirait la lumière.

Point par point j'analysais avec lucidité, tous les paramètres qui avaient été modifiés. La tolérance, le pardon, le partage et l'humilité, grâce à l'amour divin, confirmaient en ces heures de solitude, la solidité de leurs fondations. Ce n'était pas suffisant pour atteindre l'harmonie, mais un point de départ non négligeable. Replacer les choses et les événements à leur juste valeur, les déterminer de manière cohérente dans un contexte global, tel était mon objectif. S'isoler comme nous l'avions toujours fait dans notre cocon d'amour, paraissait obsolète.

Il fallait absolument que nous ouvrions nos cœurs en grand. Non pas d'une manière superficielle et subjective, mais au contraire, avec la ferme intention de donner le meilleur de nous-mêmes. En payant à boire et à manger comme nous l'avions fait jusqu'ici ? En offrant des soirées sans queue ni tête de manière inconsidérée ? Je réalisais le poids du ridicule et de l'absurde, engendré par ce besoin d'apparence.

Ne pas confondre générosité et bêtise, voilà ce qu'il fallait que nous comprenions. L'amour ne s'offre pas, ne se monnaye pas, avec des coupes de champagnes et des gâteaux. Seulement voilà, vers qui nous tourner ? Parler d'amour, sans risquer de passer pour des obsédés, était aléatoire ! Trahis par des personnes en qui nous avions toute confiance, je ne voyais vraiment pas comment nous pourrions trouver un équilibre à ce niveau.

Qui, dans notre entourage immédiat, pouvait parler de foi ? De Dieu ? Autrement qu'avec un sourire cynique et réprobateur ? Nous n'allions tout de même pas passer une petite annonce dans un journal ? Restait la solution de sagesse en ce domaine, et c'était celle que j'adoptais pour ne pas me morfondre en vaines supputations.

Laissant au Tout-Puissant le soin de nous guider, je reprenais mes analyses comportementales personnelles. Je remplissais en quelques jours, des pages entières de positifs et de négatifs, avec mon jeu sur l'ordonnance de l'esprit. J'ai été très étonné, pour ne pas dire subjugué, de constater que finalement tout n'était pas si négatif que cela. Un changement profond était intervenu, je ne pouvais que m'en féliciter.

Métamorphosant les critères fondamentaux, cette épuration de l'esprit me confortait dans mon besoin de faire la lumière. Si l'on prend de nuit, la route au volant d'une voiture même équipée de puissants projecteurs, si l'on ferme les yeux, on a toutes les chances de se ramasser contre un platane. Ma vie jusqu'ici avait été la copie conforme de cet adage, créé par moi-même pour la circonstance. J'avais eu à maintes reprises tous les éclairages possibles sur ma route.

Chaque fois que je sombrais au fond d'un ravin, je m'insurgeais, sans admettre qu'il me suffisait d'ouvrir bêtement les yeux pour y voir clair. Optant pour la facilité, je ne m'embarrassais pas de préjugés. À défaut de pouvoir obtenir gain de cause, faute d'arguments, j'utilisais la violence. J'étais persuadé qu'elle m'avait permis de me maintenir en vie, face aux autres et aux multiples dangers que j'imaginais.

Durant cette première partie de mon incontournable célibat, je sentais mes viscères se contorsionner, sitôt que la colère montait en moi. Là encore et d'une manière spectaculaire, je prenais acte de l'inutilité et de la futilité de la violence et ses arcanes. Je n'avais pas envie pour autant, d'aller baiser les pieds de celles et ceux, qui avaient abusé de notre gentillesse.

Toutefois, je ne leur adressais plus que des pensées positives, démunies de haine et de rancœur. Sans eux, nous n'aurions jamais Bibiche et moi, dégusté les saveurs du bonheur absolu. Nous en étions au point de départ en vérité. Nous avions passé avec succès les épreuves finales, de l'examen ouvrant les portes de l'amour.

Loin de nous démolir, cette brutale épreuve nous plaçait sur l'orbite céleste, celle où l'on ne rencontre que douceur et volupté. Je ne rêvais pas en pensant à tout ceci. J'étais conscient que désormais, d'autres épreuves viendraient parsemer notre route d'embûches et de pièges. Je savais, et j'en étais convaincu, que dorénavant nous ne faisions plus qu'un seul être, avec mon adorable petite femme.

**********

Après une cure de Jouvence de trois semaines, Bibiche revenait dans notre grand nid. Transcendée, elle rayonnait de tout son être. Elle avait repris son poids et enfin, adhérait à l'idée que nous n'avions que faire des éventuels commérages à propos de sa démission. Après tout, chacun peut à sa guise s’offrir une année sabbatique ? Raison de plus pour contourner l’obstacle.

Elle ne voulait plus sortir avant son séjour ? En quelques jours, elle me prouvait que le soleil était revenu dans son esprit. Dans le parc entourant la maison ou celui situé à quelques centaines de mètres, par n'importe quel temps, nous affichions notre amour au grand jour. Nous étions tellement détachés des bassesses humaines, qu'il nous arrivait souvent de ne pas voir les gens que l'on croisait. Ce qui nous valait quelques épithètes pas très courtoises. Habitués à toutes les méchancetés possibles, nous passions outre.

Cependant, la vie elle, ne se contentait pas de câlins et de moments euphoriques. Les ennuis commençaient à pointer leur museau. J'avais réussi à dénicher un emploi, en tant que vendeur en espaces publicitaires. Je n'étais pas plus motivé par mon boulot que par les patrons qui m'employaient. Ce travail nous permettait de partir le matin et revenir le soir, après une journée passée au grand air. Nous emportions notre pique-nique de midi dans la glacière, et, entre deux rendez-vous, nous nous installions au bord de la route pour déjeuner.

Je me moquais éperdument de mon travail et de mes clients. Je n'avais qu'un désir, transformer le néant de Bibiche en paradis quotidien. Je ne pouvais pas oublier tout ce qu'elle avait fait pour moi. Je ne me sentais pas redevable, au sens littéraire du terme, mais je voulais lui prouver ma gratitude. Je luttais pour qu'elle parvienne à sortir de son ghetto moral. C'était pour cette raison, que je ne me souciais pas de mes rendez-vous professionnels. Certes, la côte d'alerte était déjà atteinte sur le plan financier. En d'autres temps, je me serais arraché et j'aurais sorti mes tripes, pour gagner un maximum d'argent avec mes commissions.

Ce n'était pas avec le « fixe » dont je disposais, que j'aurais pu subvenir à nos besoins. Heureusement qu'il y avait les notes de frais ! Car ce n'était pas avec ce que j'avais signé en contrats, que nous aurions pu vivre. Disons qu'en un peu plus d'un mois, j'avais gagné de quoi payer nos dépenses rien de plus. Je prenais bonne note au passage, de l'amour du Tout-Puissant à notre égard. Pour me permettre de m'occuper de Bibiche, Il écartait durant quelques semaines les patients de mon cabinet. Je pouvais consacrer toute mon énergie à mon épouse.

Je n'avais pas encaissé des fortunes avec mon boulot, mais au fond du cœur, je me sentais riche. Car ce que nous avions acquis avec Bibiche, était largement plus important. Elle n’était pas totalement guérie, mais le moral était beaucoup plus stable. Un mois de bien-être et de détente, loin de la galère et du mutisme forcé, lui aura permis de recouvrir en partie sa sérénité. Après trois semaines de convalescence, cela faisait presque deux mois durant lesquels, nous pouvions prendre nos distances par rapport aux gens.

Je m’étais montré assez ferme et déterminé, chaque fois que l’occasion m’avait été offerte. Je ne plaisantais pas en affirmant qu’il y aurait danger maintenant, dès l’instant ou quiconque se permettrait d’insinuer quoi que ce soit. Plus question de tolérer les insultes envers Bibiche. Car au travers des coups de téléphone et des lettres anonymes, il était clair qu’on cherchait à briser l’honneur de mon épouse.

Je savais plus ou moins, qui était à l’origine des ces insanités. Bibiche m’avait fait jurer de ne pas lever le petit doigt. Elle avait suffisamment de peine à surmonter la précarité de son état de santé, sans trembler à l’idée que j’aurais pu réduire en compote, les responsables de ces machinations diaboliques. En prenant nos distances, avec le temps, tout finirait bien par s’arranger.

Cette fin d'année 91, ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices. Inscrite au chômage, Bibiche devait attendre au moins jusqu'en janvier pour toucher son premier salaire. Car naturellement cette chère administration du chômage, lui avait fait une ponction d'un mois complet.

Une démission, même pour raison de santé, plaçait la personne en position de coupable. À ce titre, elle était pénalisée par une ablation plus ou moins considérable sur son salaire. Je pariais que la somme non versée à Bibiche, avait du atterrir « accidentellement » dans les poches d'un ou deux fonctionnaires « honnêtes » ! Cela nous était égal.

L'épreuve annoncée avait sans doute pour objectif, d'épurer les derniers tabous dont Bibiche était victime. Par exemple, le fait d'avoir honte d'aller pointer au chômage. Combien de fois se cachait-elle le visage ? D'un autre côté, il nous fallait jouer la carte de la prudence et de la discrétion à tous niveaux. Plus nous serions discrets sur notre vie, autant que sur nos projets, plus nous aurions de chance de sortir de l'impasse.

Ce qui me laissait supposer que nous étions encore à tous les coups « sur écoute », c'était l'arrivée de mes chères patientes espionnes. Je ne perdais pas mon calme ni mon sang froid, en laissant croire que j'étais en train d'écrire un roman ; en insistant sur le fait que les noms des responsables ayant contraint Bibiche à démissionner, seraient clairement transcrits. Ce qui rapidement aboutissait à un calme absolu. Plus de taupe, plus de craintes.

Bibiche s'évertuait à respecter scrupuleusement les consignes, en matière de recherche d'emploi. Je me contentais pour ma part, de ne pas trop m'affoler. Conscient que de toute façon les annonces pour l'emploi étaient bidons pour une bonne moitié, ce n'était pas avec elles que j'aurai pu obtenir un poste. Je préférais aller chercher sur place, directement chez l'employeur.

La crise économique commençait à montrer le bout de son nez. Ne trouvant pas de travail, je suivais les conseils de Bibiche en m'inscrivant à mon tour au chômage. Après tout, même si ce n'était que pour six mois, cela nous permettait d'envisager de recouvrir nos esprits et préparer l'avenir. Ses parents une fois encore, volaient à notre secours. Conscients que nos finances étaient au plus bas, ils nous ont avancé une fois encore de quoi payer nos charges jusqu'à la fin de l'année. Le reste nous appartenait, il fallait à tout prix que nous fassions preuve de sagesse et de pondération.

Calmement, à tête reposée nous envisagions de nous séparer de quelques mobiliers, afin de constituer nos réserves. Les comptes étaient tenus au centime chaque jour. Bibiche était même surprise de voir qu'avec une très faible somme d'argent quotidien, on pouvait faire des économies sans se priver de rien. Durant cette traversée du désert, nous ne disposions que de dix-sept francs par jour.

Mes parents hélas, faute de pouvoir intervenir financièrement, nous apportaient régulièrement des légumes de leur jardin. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, malgré la modique somme dont nous disposions, nous avons pu en moins d'un mois économiser plus de deux cents francs. Pour cela, nous mangions un rôti ou un poulet pendant toute la semaine. Viande, légume, fromage, à tous les repas, nous avions ce qu'il fallait.

Si le chômage nous avait versé nos deux salaires en temps normal, jamais, nous n'aurions souffert autant. Nous comptions au centime, alors que nous attendions désespérément, le versement de plus de six mille francs ! Nous étions réduits à la mendicité ou presque, à cause des carences d’une administration. La misère, ce n’était rien. Ce qui devenait insupportable, c’était le mépris avec lequel, on traitait notre situation. Plus on essayait de mettre les lacunes de cette administration en avant, plus on se sentait acculés dans nos derniers retranchements. Cette période aura été très dure, mais ô combien bénéfique !

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Adieu 91, bonjour 92 ! Nous étions ravis de tourner la page. Aguerrie, sûre d'elle, Bibiche offrait un autre rayonnement. La sérénité, même si elle n'était pas absolue, prenait le pas sur la morosité. Ce qui me permettait de renouer avec le magnétisme. La période de vache maigre était-elle enfin, parvenue à sa fin ? Tout portait à le croire.

Nous ressentions une odeur de bien-être, envelopper notre couple. Loin de nous laisser entraîner dans ce flot enjôleur, nous prenions les résolutions qui s'imposaient. Avant toute chose, nous constituer des réserves financières. Bibiche allait toucher plus de dix mille francs, puisqu'elle n'avait toujours rien perçu depuis bientôt trois mois ! ...

Avec nos bonnes habitudes sur le plan de la gestion, nous convenions de poursuivre quelques mois encore ce régime draconien. Sans parler de léthargie, nous nous laissions quelque peu embarquer sur la voie de la tranquillité. Nous avions trop dépensé ? Nous avions exagéré un tant soit peu sur la facilité et l’insouciance ?

L’opposé et ses excès de prudence et de sagesse, n’étaient sans doute pas du meilleur effet. Dieu ne l'entendait pas de cette oreille. Nous l'avions quelque peu écarté de nos pensées et bien entendu, Il se manifestait. Pas en nous envoyant un mandat postal, non... Plutôt sous forme de solution, à mon conflit avec l'argent envers le magnétisme.

D’accord, les gens m’offraient ce qu’ils voulaient à chaque séance. Des deux francs d’une brave mamie, aux cent francs de quelques patients fortunés, chacun laissait dans le panier prévu à cet effet ce qu’il jugeait bon. Ce n’était visiblement pas suffisant pour prétendre avoir résolu définitivement le problème. La suffisance n’était pas synonyme d’accord parfait. À la moindre alerte, je l’admets loyalement, la précarité de cet équilibre relatif aurait explosé. Une fois encore, à mon insu, Le Tout-Puissant me guidait vers ce qui était, et demeure encore aujourd’hui, la solution définitive.

Par le biais d'un encart publicitaire, émanant d'une école de massage, nous avons entrevu la possibilité de me réconcilier avec ce que je considérais toujours comme le fléau du vingtième siècle. La publicité faisait état d’une formation sur plusieurs mois, le vicaine, de masseurs diplômés. C’est en feuilletant les pages d’un hebdomadaire local, que j'ai découvert cette circonstance favorable. Jamais, depuis presque deux ans que j’étais avec Bibiche, je n’avais ouvert ce journal. Si je l’avais fait ce jour là, c’était uniquement pour y trouver l’annonce. Le hasard n’étant plus présent dans nos deux vocabulaires, il fallait bien attribuer cette lecture providentielle à quelqu’un.

Qui, en dehors de Dieu, avait pu le permettre ? Ni une ni deux, Bibiche s'occupait de mon inscription. Plus enthousiaste que moi, elle prenait en charge ce qui visiblement, ressemblait à notre destinée. Deux jours plus tard, en même temps que les avis de virements des salaires, je pouvais remplir le dossier de l'école. Le massage, le magnétisme... Il n’en fallait pas davantage aux deux enfants que nous étions, pour envisager l’avenir de la meilleure façon. Que fallait-il que nous fassions pour fêter pareil changement ? Saumon champagne naturellement ! Dieu que cette soirée aura été divine. Depuis le début de notre pénitence, nous avions perdu le goût de ces bonnes choses. L'harmonie revenait aussitôt. Nous n'étions pas au bout de nos peines, nous en étions conscients l'un et l'autre.

L'ouverture qui s'offrait à nous, n'était pas synonyme d'apothéose. Loin de crier victoire, nous pensions au contraire à ce qui nous attendait dans les prochains mois. Raison de plus, pour ne pas nous laisser griser par l'apparence du confort matériel, suscitée par cette brusque rentrée d'argent. Rétrospectivement, nous relations la chronologie des événements. Grâce à Bibiche, je m'étais inscrit au chômage. Ce laps de temps allait me permettre de changer d'orientation professionnelle. Comme quoi tout était bel et bien prévu par Dieu !

Bibiche, qui avait droit à plus d'une année de chômage, aurait le temps de se refaire une santé. Le même temps, qui me servirait à structurer ma nouvelle activité et à me constituer un fichier intéressant. D'autant que ma clientèle devenait de plus en plus régulière et fidèle. Le constat que je faisais à l'égard de cette évolution, était de me sentir à la hauteur des nouveaux cas qui se présentaient à moi. Difficultés de couple, d'argent, de travail ou mutisme total, ont été durant ce début d'année 92, les problèmes auxquels j'étais confronté. Fort de notre expérience je pouvais conseiller, guider, voire aider ces personnes. Je retrouvais en elles, l'ensemble des situations que j'avais vécues, seul, puis avec Bibiche. Une sorte de récapitulatif grandeur nature.

Je les visualisais, par mes clients interposés, pour mieux les extraire de mon subconscient. Très vite, je prenais acte de tous ces messages, qui me confortaient dans ma manière d'être. Mes capacités d'écoute, de ressentir, me permettaient d'accentuer mon besoin de secourir les gens. Mon apprentissage en qualité de masseur, se déroulait merveilleusement bien. Tous les soirs ou presque, sur Bibiche mais également sur mes patients, je m'entraînais. Les premiers « cobayes » masculins, musclés et poilus à souhait, ne garderont peut-être pas de moi la meilleure image. Séance de caresses pour les uns, et d'épilation pour les autres, j'avais du mal à doser mes efforts. Les dames quant à elles étaient ravies et séduites.

Tout se mettait en place gentiment. Jusqu'au jour où Le Tout-Puissant m'a placé sur une autre voie, que je qualifiais de limite, en matière de magnétisme autant qu'en massage. Par l'entremise d'une brave retraitée, atteinte d'ulcères variqueux perforés aux deux jambes, j'entrais brutalement dans l'action. Il me fallait d'une part, surmonter mon appréhension, mais surtout, limiter mon travail.

C'était le départ d'une nouvelle structuration dans mon approche de la maladie. Contrôle de la pression sanguine, des pulsations, anamnèse approfondie, origine du dérèglement ayant entraîné ce déchirement des chairs. Le tout consigné sur des fiches individuelles. Je me gardais cependant de jouer au médecin. Cela ne m'empêchait pas de prendre mon rôle de plus en plus au sérieux. D'autant que les cours, m'apportaient les réponses aux questions qui étaient encore floues dans mon esprit, notamment au sujet des interactions physiques dans l'organisme.

Le niveau était très relevé et je m'en réjouissais. Au terme de notre premier entretien, voici ce que je pouvais résumer globalement :

— « Ma patiente souffre depuis plus de dix ans d’ulcères variqueux perforés aux deux jambes, beaucoup plus accentués sur le tibia droit. L’écoulement très intense est quotidien, les douleurs sont vives et permanentes le jour comme la nuit. Les démangeaisons la gênent considérablement. La cuisse droite est hyper tendue, enflée (55 cm) et bouillante en permanence. Un ganglion gros comme le poing est visible au pli de l’aine droite. La marche est rendue pénible, le talon du pied droit ne posant plus sur le sol. Elle souffre aussi de problèmes respiratoires et cardiaques (opérée du cœur), actuellement sous anticoagulants. Essoufflements en cas d’efforts ou mouvements forcés. En dépit du décès de son mari l’année dernière, elle affiche un bon moral et une positivité extraordinaire ».

 Dès le lendemain, je commençais mes séances. La tension était à 14,8 / 9. Passes lentes à grand courant, berceau, étirement polaire. Ensuite, compte tenu de la stagnation de la lymphe, il me fallait à tout prix tenter de l’activer. D’où un travail différent sur les Chakras. Au lieu de commencer par le 1er, j’entrais en action sur le 7ème et les suivants en descendant et non en montant. Les réactions les plus vives se produisaient sur le 5ème, le 4ème, et le 3ème.

Étant donné que le pli de l’aine droite était totalement bouché par cet énorme ganglion, je tentais une autre action. Délaissant l’activation du premier Chakra, qui se serait soldée par un échec entre le pubis et le pied droit, j’essayais d’amoindrir le volume de la grosseur. Appliquant ma main droite bien à plat sur le ganglion, je posais ma main gauche à plat sur le 2ème  Chakra.

Par cette position, je cherchais à rétablir le passage de l’énergie et de la lymphe entre la jambe et le bas-ventre. Après un quart d’heure, ma patiente ressentait comme un courant lui parcourir la jambe et remonter jusqu'à la gorge. Le ganglion avait nettement diminué de volume. La cuisse droite était beaucoup moins chaude, et des fourmillements se manifestaient. Fort des enseignements tirés des séances passées avec mes autres patients, je poursuivais avec cette idée de contre courant. Ma main droite enveloppait le pied droit de ma patiente, tandis que ma main gauche se maintenait sur l’ombilic cette fois.

Le but à atteindre étant de stimuler la circulation lymphatique. Je maintenais la position un quart d’heure environ, durant lequel des gargouillis intenses dans le ventre, des lancées dans la cuisse et au pli de l’aine, se manifestaient régulièrement. La grosseur avait encore réduit de volume. Les douleurs dans la jambe avaient totalement disparu. Une première pause « pipi » ponctuait cette première phase.

Ensuite, j’effectuais des impositions sur les deux jambes, mains à plat de part et d’autres des membres. Je descendais depuis l’aine jusqu’aux pieds, très lentement. Je pouvais alors, au terme de cette série qui a duré en moyenne dix minutes par jambe, essayer d’ouvrir le 1er Chakra. Ce n'était pas une totale réussite, mais un début prometteur. Le ressentir de ma patiente, témoignait de la présence d’un flot minimum d’énergies.

Liaison immobile, recharge centrale, dynamisation du pancréas, du foie et des reins, étaient l'avant-dernière étape. Je pouvais consacrer mon attention sur les foyers actifs, qui laissaient s’échapper des flots ininterrompus de pus. Impositions circulaires traversantes, faisceau de la main droite, étaient durant de longues minutes, les seuls moyens dont je disposais pour endiguer ces sécrétions.

Au terme de cette première séance, non seulement ma patiente n’avait plus aucune douleur à la jambe et au pied, mais les plaques rougeâtres étaient nettement moins vives. Les écoulements étaient pratiquement arrêtés. La température de la cuisse droite, était redevenue tout à fait normale. La pression était tombée à 13 / 8. Soulagée, ravie et confiante, ma patiente était aux anges. Je prenais la précaution de l’aviser des risques évidents de violentes douleurs, dans les heures à venir et aussi au cours de la première nuit. La pauvre avait tellement souffert jusqu’ici, sans pouvoir faire quoi que ce soit pour amoindrir les douleurs, qu’elle était enchantée de savoir que celles à venir, allaient témoigner de l’amélioration en cours.

Deux jours plus tard, comme prévu, je l’accueillais de nouveau. La pression sanguine était de 12,4 / 7. Le ganglion était pratiquement résorbé. Le volume de la cuisse droite avait régressé sensiblement et le diamètre était de 53 cm. Les douleurs étaient elles aussi en nette régression. Les écoulements légèrement ralentis. La cuisse était moins tendue et surtout beaucoup moins chaude que la première fois.

Les surfaces infectées enfin, étaient pour leur part nettement moins rouges. Certaines croûtes commençaient même à se former, en périphérie de la zone atteinte. Pour l’anecdote, ma patiente m’indiquait avec un certain plaisir, qu’elle n’avait jamais été autant faire pipi que durant ces deux derniers jours ! Ce qui expliquait la perte d’un kilo sur la balance.

Loin de prendre la grosse tête, je me contentais de la féliciter pour l’excellent travail qu’elle effectuait sur son mental. Je commençais alors ma seconde séance, identique en tout point à la précédente. Je ne voulais pas changer ce qui visiblement, était porteur d’un espoir authentique. Cette fois, je modifiais sensiblement la chronologie de mes mouvements. Je débutais par l’ouverture des plis de l’aine, suivie d’une dynamisation des ovaires. Le berceau, l’étirement polaire venaient ensuite. Je négligeais le balancement du ventre, au profit d’une application crânienne.

Je faisais mes activations sur les Chakras, du 1er au 7ème cette fois, avant de revenir en application prolongée sur le Chakra du cœur ; ma main droite posée à plat entre le sternum et le mamelon, mais sans placer ma main gauche sur le front. Le but de cette action étant de favoriser un meilleur échange énergétique et circulatoire, dans la région du cœur. Les déblocages un peu partout dans le corps, confortaient l’opportunité de cette application. De même que des fourmillements très forts dans les zones infestées.

Une fois que j’avais effectué la totalité des mouvements, je décidais d’accentuer mes efforts sur le pied droit, particulièrement réactif au cours de cette seconde séance. Partant du sommet du muscle tibial antérieur, où se situait l’épicentre des foyers purulents, je descendais en imposition tournante depuis le genou jusqu’aux doigts de pied.

Je libérais alors les derniers blocages sous le talon et le tendon d’Achille, en alternant les faisceaux traversants et ceux d’une seule main de part et d’autre des zones concernées. Les réactions dans le ventre, la jambe et un peu dans les bras étaient présentes durant toute cette phase. Au terme de cette deuxième séance, si la tension n’avait pas bougé, ma patiente pouvait poser le pied par terre sans éprouver la moindre gêne. Cependant, sans pour autant l’en informer, je ressentais quelque chose de bizarre en elle. Tout dans son attitude, s’opposait aux réactions que j’étais en mesure d’espérer. Loin de manifester un enthousiasme au demeurant légitime, elle s’enfonçait au contraire dans une sorte de léthargie.

À chaque phrase, elle parlait de son mari. Elle se sentait presque coupable de sa mort. Cet aspect m'a fait peur sur le moment, ne voyant pas comment j’allais pouvoir l’aider à se soustraire à ses pensées lugubres. J’ignorais qu'elle se résignait. Elle refusait le combat et voulait se laisser mourir. Elle ne me l’avouait pas de manière absolue, mais par bribes de mots, plus ou moins cachés, je pouvais établir cette synthèse alarmante.

Il me fallait être prudent et vigilant. Si le moral venait à s’étioler, les séances ne seraient plus que le spectre d’une intervention illusoire. Raison de plus pour l’encourager à persévérer, feignant de ne pas comprendre le sens des propos qu’elle tenait. Le combat que je menais était double. Vis-à-vis de ma patiente bien entendu. Par ailleurs, je le menais face à moi-même. Je n’en étais pas au stade de ma patiente, qui venait de perdre son conjoint. Je ressentais pourtant le vide qu’elle pouvait éprouver, en établissant un lien entre elle et Bibiche. Les douleurs que j’accumulais, faute de la sentir au mieux de sa forme, ressemblaient étrangement à celles de ma brave mamie.

Trois jours plus tard, les effets destructeurs de ses pensées négatives, affichaient clairement l’incidence qu’ils avaient eue sur le métabolisme de ma patiente. La pression tout d’abord, qui en début de séance était de 11 / 7. La brève anamnèse révélait des troubles circulatoires, confortant la dégénération en cours. Le moral n’y était pas non plus. Pour la première fois depuis le décès de son époux, selon ses dires, elle n’avait pas cessé de penser à lui depuis la dernière séance. Elle lui mettait même son couvert à chaque repas et elle lui parlait comme s’il était là. Visiblement elle ressentait l’absence de l’être aimé qui se manifestait de manière violente.

Elle avait vécu jusqu’ici de manière superficielle, vis-à-vis du défunt. Après les deux premières séances, elle prenait pleinement conscience du vide qui l’entourait. D’où son envie de ne plus lutter et d’abandonner le combat pour enrayer son mal. Les symptômes, caractéristiques de cette chute du moral, étaient évidents. En plus de la tension, elle avait rencontré des manifestations étranges. Sa main gauche violacée, palpitations cardiaques très fortes et douloureuses. Le ganglion un tantinet augmenté, douleurs au foie et à la vésicule. Le cœur qui se serrait, et des difficultés respiratoires. L’oppression sur la cage thoracique, traduisait à elle seule, l’incidence de cette brusque attitude envers son mari. Les poumons, sur le plan énergétique, représentent la tristesse. Le cœur, la peine et la souffrance.

Le foie et la vésicule enfin, symbolisent la colère et les angoisses retenues. Ce qui m’imposait une modification stricte dans le déroulement de ma séance. La lutte contre l’angoisse, la relaxation et la détente nerveuse, s’imposaient avant toute autre intervention. Ensuite, une fois apaisée, je pouvais reprendre le cours normal de la séance. Au terme de celle-ci, tout semblait rentré dans l’ordre. Le moral de ma patiente était plus fort et après quelques larmes en cours de séance, elle paraissait voir les choses avec une certaine logique. Elle pouvait être ma grand-mère, et je lui parlais avec tout ce que j’étais en mesure d’apporter sur le plan de l’affection et du respect.

J’ai passé ce jour-là, plus de temps à lui remonter le moral, qu’à effectuer des mouvements pour la soulager physiquement. Nous sommes restés à bavarder plus d’une heure. Nous étions aussi heureux l’un que l’autre, quand nous avons pris congé. J’insistais, avant qu’elle ne s’en aille, sur le fait qu’elle ne devait pas hésiter une seconde à m’appeler. Ou venir nous voir, si brusquement le moral donnait des signes de faiblesse.

Le soir même, en relatant les faits à Bibiche, elle prenait l’initiative d’inviter la mamie pour le dimanche suivant. Pas question de l’abandonner dans un tel état de désarroi. Progressivement, après une douzaine de séances, le moral autant que le physique donnaient des signes très encourageants de stabilisation.

Mamie avait perdu plus de quatre kilos. Les mesures, attestaient de la stabilité de son état : la cuisse droite mesurait 50 cm au lieu des 55 initiaux. Les écoulements avaient cessé et les trois quarts des plaies s’étaient cicatrisés. Ma brave mamie, qui depuis est toujours notre amie, retrouvait peu à peu le moral.

En même temps que ses jambes avaient réduit de volume de manière encourageante, les plaies étaient moins purulentes et se refermaient progressivement. Les massages en effleurages légers, contribuaient à activer la circulation sanguine et lymphatique. Éliminant ainsi, l'amalgame de toxines accumulées dans les jambes et les ganglions des plis de l'aine.

La mamie, ayant retrouvé son tonus, entreprit d'effectuer un voyage organisé en Hollande. Elle m'a demandé mon avis quand même, afin de ne pas compromettre l’évolution de sa guérison. Je n’étais pas très rassuré. Je ne lui faisais part d’aucun de mes doutes. Je sentais chez elle, comme une sorte de désir prémonitoire à se détruire.

En faisant croire soudainement, à un éclatement de mieux être, je décelais au contraire une envie de disparaître. Tout dans sa façon d’envisager son séjour, confortait mes craintes. Les bonnes bouffes… Les promenades… Les soirées… Elle n’était pas coutumière des faits. Elle n’avait pas non plus, un état de santé qui lui permettait de tels écarts. À chacun son destin ! Je me résignais à lui donner mon assentiment. À son retour, Dieu me faisait prendre conscience de mes limites. Ayant abusé de ses forces, et quelque peu des bonnes tables, ma patiente était dans un état pitoyable. Les jambes avaient doublé de volume, les plaies réactivées laissaient échapper de nouveau des flots purulents. Quand elle est arrivée à son rendez-vous, je me suis senti désarmé, impuissant.

Car hélas, en plus du physique, le mental était atteint. Je la retrouvais comme au deuxième jour du traitement, lointaine et désabusée. La cuisse droite mesurait presque soixante centimètres de circonférence ! Le plus grave, était que l’autre jambe, les genoux, les chevilles, tout avait suivi. Un peu comme si d’un seul coup, le circuit lymphatique s’était arrêté de fonctionner. Ce qui m'a fait le plus mal, a été d’entendre mon adorable mamie, m’avouer que plus rien désormais, ne pouvait endiguer l’évolution du mal. Elle attendait la mort, résignée.

La tension était à son niveau le plus fort : 150 / 98 ! Les douleurs physiques étaient moins virulentes, que celles qui lui brisaient le cœur. Que pouvais-je faire ? La situation était dramatique. Une force inconnue m’interdisait de tenter quoi que ce soit. C’est là, que je comprenais où était la fin de mon action. Admettre ses limites ! Reconnaître humblement, les risques potentiels à vouloir s'imposer à tout prix, j'en découvrais les bienfaits. Je ne voulais surtout pas mettre la vie de ma patiente en jeu. Les pensées qui me venaient en cet instant, étaient d’imaginer un cancer lymphatique. Quels étaient les messages que nous devions interpréter mamie et moi ?

Sans m’affoler ni perdre le sens de la réalité, après ce moment légitime de doute et de craintes, je prenais les initiatives qui s’imposaient. Immédiatement, faisant appel à une amie spécialiste en lymphologie, je confiais ma brave petite mamie à des mains plus expertes. Le soir même, mon amie acceptait de venir chez nous, pour examiner la mamie. Il était temps en effet !

Mon amie, jugeant la gravité de la situation, se chargeait de ma patiente. Une véritable chaîne de solidarité se mettait en place. Elle prenait les choses en main et appelait aussitôt un très grand professeur en Allemagne, auprès de qui elle avait passé ses diplômes. Elle conduisit elle-même ma patiente auprès du professeur.

Hélas, d'après ce très grand spécialiste, les chances de guérison étaient infimes. Le cœur serré, les frissons me parcouraient l'échine, quand j'ai appris de la bouche de mon amie, que ma mamie était sans doute condamnée. La gangrène, horrible et cruelle, avait entrepris sa destruction. Apprendre cela, le jour de mon examen de massage, il y avait de quoi me saper le moral. Le jour où précisément, je passais mon diplôme.

Mon amie n'avait pris aucune précaution et encore moins, le plus petit ménagement à mon égard. Elle m’a annoncé la nouvelle froidement, entre les vitres de nos voitures immobilisées l’une à côté de l’autre. L’ambulance pendant ce temps, évacuait ma pauvre petite mamie que sans doute, je ne reverrai plus vivante. Je me sentais perdu, désemparé. Loin de m’abattre, cette triste éventualité me dynamisait au contraire.

Je serrais fort contre mon cœur le petit moulin, qu’elle m’avait apporté de Hollande. Il ne me quittait pas durant les épreuves. Je jurais d’honorer ma patiente, en me montrant digne de l’amour qu’elle m’avait offert. Pour mamie, je devais obtenir mon brevet. En pensant très fort à elle, devant les médecins de l'école Cellsan à Spreitenbach, j'obtenais mon glorieux diplôme. Loin de m’abandonner aux exubérances de l’inévitable « après succès », je rentrais très vite à la maison.

Les nouvelles n’étaient pas rassurantes, mais elle était en vie, ce qui était le plus important. Je n'oubliais pas mon magnétisme pour autant, avec ma patiente fétiche. Tous les soirs, je me concentrais en télépathie, afin d'aider les médecins à endiguer sa maladie. Elle était condamnée médicalement ? Était-ce l'avis du Tout-Puissant ?

Je m'en remettais à son jugement, et en plus des séances nocturnes de magnétisme en télépathie, je priais avec Bibiche. L'amour que nous adressions à notre mamie était total. D'après mon amie, ses chances de survie étaient infimes à son admission à l'hôpital ? Traitée à très haute dose d'antibiotique, les médecins se réservaient prudemment.

Une semaine après son opération, la mamie pétait les flammes. Miracle ? Les médecins n'y comprenaient rien, se contentant de savourer leur succès. Seule, mamie savait... C'était notre secret. C'était surtout pour moi, la preuve indiscutable du résultat possible et de la complémentarité, entre la science et le magnétisme. Naïvement, ma patiente en parlait aux chirurgiens ! Quand elle m'a fait part de leurs réponses, je prenais conscience des lacunes qui restaient à combler, avant que l'union entre les deux forces ne devienne effective. L'humilité, m'imposait de ne pas entrer en conflit. L'avenir nous dirait si oui ou non, les inconditionnels d'Hypocrate, admettraient un jour que le corps humain, ne dépend pas uniquement du seul savoir de la médecine.

L'énergie qui régit le fonctionnement du métabolisme a ses lois strictes, aussi formelles que les règles d'éthique de la science médicale. L'antagonisme était omniprésent. Je ne pouvais rien faire pour essayer d'arrondir les angles. Laissant le destin suivre son chemin, j'évitais de faire des vagues inutilement. Sur ce registre, il appartient à Dieu et à Lui seul d'intervenir, et non aux hommes qui incarnent le pouvoir dans l'une et l'autre des forces en conflit. Je me contentais, je me délectais même, d'avoir admis mes limites et permis sans doute, de sauver la vie de notre brave mamie adorée. Je n’aime guère, pour ne pas avouer mon hostilité à ce sujet, souscrire aux témoignages de mes patients. Ce qui m’a valu beaucoup de déboires et de déconvenues depuis. Principalement au niveau des assurances maladies.

Je réfute cette démarche, qui n’a aucun sens, et qui dénature l’essence même de l’amour qui émane des séances. Cependant, je ferais une exception avec ma mamie, en lui laissant la possibilité de décrire par courrier, et résumer, cette période douloureuse. Ne serait-ce que pour alléger ma conscience, en éliminant le doute de ne pas être cru. Cette période est trop noble et pure, pour que je prenne le risque d’entacher son aura. Alors ma chère mamie, où tu veux quand tu veux, je te laisserais le soin d’apporter ton témoignage à cette histoire.

En attendant que mamie puisse être en mesure de marcher normalement, nous organisions mon nouveau cabinet à la maison. Bibiche, fière et ravie, me préparait le terrain mieux que je n'aurais pu le faire. Cartes de visite, annonces publicitaires, elle a mis tout en œuvre pour me permettre de créer ma clientèle en massage. Mes séances avec mes patientes, étaient le reflet de ce que serait mon activité à venir.

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Magnétisme, puis massage, et tout ça pour un prix unique. Nous étions au mois d'Avril. Mon chômage prenait fin au mois d'août. Je disposais de trois mois pour me faire une clientèle, ce qui me paraissait court naturellement. Certes, suite aux annonces, j'avais eu quelques clients. Ce qui, avec mes patients, représentait une bonne dizaine de personnes. Déjà, je paniquais en silence. Si, d'aventure, le massage n'apportait pas de revenus suffisants ? Les mois passaient tellement vite, que je me posais des questions avant même de m'être investi pleinement dans ma nouvelle mission. Je m'écartais de mon chemin, je m'enfonçais insidieusement dans le doute ? Dieu n'attendait pas pour me tirer les oreilles.

La semaine suivante, je n'avais presque plus de rendez-vous. Tous annulés à la dernière minute ! Là, je ne mettais pas dix ans pour comprendre le message. C'était sans doute pour cette raison, que Bibiche décidait de se montrer généreuse à mon égard ; une fois de plus ! À mon insu, elle entreprenait de rencontrer un éditeur, en vue de sortir un recueil de poèmes. Elle voulait surtout je pense, exorciser le mal qui était latent en elle. En publiant une partie de mes textes, elle prouvait à tous, que nous n'étions pas encore abattus. Ce n'était pas la meilleure formule, mais quand j'ai été mis au courant, il était trop tard. Elle voulait me remercier pour l'amour dont je l'entourais, disait-elle d'un air coquin.

Je sentais bien dans son regard, que la seule envie véritable, était de prendre sa revanche. Une sorte de renaissance. C'était sans doute, une façon habile de me redonner le goût à l'écriture. Car depuis beaucoup de temps, j'avais abandonné le monde irréel de la création artistique. Un travail de titan s'imposait à moi. Il fallait extraire de ma collection poétique, forte de près de quatre-vingts bébés à cette époque, une trentaine d'entre eux seulement. Dur ! Chaque texte, je l'avais mis au monde avec le même amour. N'allais-je pas vexer ceux qui hélas, resteraient sur la touche ? Tant bien que mal, après des heures de calvaire, nous avions établi la liste des poèmes qui composeraient le recueil qui portait un nom révélateur et complice : « Au Cœur de la Vie » !

 Puisque mon épouse m'avait fait cet honneur, je me devais de la combler à son tour. Avec la complicité de l'éditeur, j'envisageais de sortir un exemplaire unique, d'une qualité exceptionnelle. Les recueils devant sortir vers la fin mai, je prévoyais d'offrir ce cadeau à Bibiche, pour son anniversaire. Comme nous continuions de croire au Père Noël tous les deux, nous prenions pour argent comptant les promesses qui nous avaient été faites, par une journaliste, amie de l'éditeur. Pour la sortie du recueil, nous l’avions conviée, avec quelques relations, pour un apéritif de circonstance.

En l’écoutant parler, je me laissais griser par les illusions, engendrées par tant de complaisance à mon égard. Article, émission radio et que sais-je encore, m'étaient gracieusement offerts pour faire connaître mon recueil. Le seule chose qui était une réalité, c'était que cette femme savait avant tout, profiter des invitations pour se goinfrer ! Car pour ce qui concernait des promesses, j'attends toujours qu'elles deviennent effectives !

Ce soir-là, grisés par cette sensation de me sentir le héros du jour, nous avalions sans les mâcher les promesses qui nous étaient faites. Pour mieux discuter de tous les détails, une seconde soirée s'avérait indispensable. Ce à quoi naturellement, nous répondions favorablement avec enthousiasme. À ce niveau de naïveté, nous ne pouvions pas faire mieux.

Comme si cette journaliste pouvait s'intéresser à des petites gens comme nous ! Nous en avons été pour nos frais, sans regretter le moins du monde naturellement, les soirées « cocktails », auxquelles elle participait avec délice. Très vite, après avoir compris qu'elle nous menait en bateau, nous tirions un trait sur l'apparence. Qui malgré nous, était venue s'intercaler dans notre couple.

Bibiche cependant, avait du mal à pardonner les affronts que cette journaliste lui avait faits. Non contente de nous mener en bateau, elle avait fait preuve d'un manque total d'éducation et de savoir-vivre. Jouant les futures amies, intéressée plus qu'intéressante, elle manifestait pendant quelques semaines une envie pressante de bénéficier de mes prestations ; gratuitement naturellement ! Bibiche s'était insurgée, à juste titre, après que cette chère speakerine nous ait posé la bagatelle de trois lapins. Trois invitations à dîner, trois absences non excusées ! Je comprenais le courroux de ma femme, tout en lui demandant de laisser les gens pour ce qu'ils étaient.

Si Dieu n'avait pas jugé bon de m'accorder la moindre publicité pour le recueil, nous avions beau tout tenter, rien ne serait jamais fait dans ce sens. Surtout pas avec une équipe de bras cassés, comme celle que nous avions fréquentée jusque-là. Les choses devaient s’accomplir d’elles-mêmes. Je devais étancher quelque peu mon légitime courroux, envers cette « journaliste bidon ». Je murmurais à Bibiche que le jour venu, Le Tout-Puissant confierait notre avenir « littéraire », entre les mains de professionnels. Non d’amateurs jouant les cadors. Facile de s’improviser reporter, animateur radio ou Dieu sait quel titre ronflant, dont ce genre de personnes jouissait à leur guise.

Une fois de plus, l'habit ne faisait pas le moine. Bonne façon par-devant, hypocrites manières et courbettes tout aussi débiles par derrière. Nous avions devant nous le spectre, de cette humanité en voie de disparition. Plus les gens étaient négatifs, plus ils cherchaient à se faire valoir. Cette journaliste archi nulle, incarnait très bien cet état de fait. Il m’appartenait, non pas de la juger, mais bien plus de décoder ce que Le Tout-Puissant était en train de me dire. Sinon, à quoi aurait servi cette rencontre absurde et inutile ? Le message était suffisamment clair. Je ne devais en aucun cas, espérer une notoriété quelconque, par l’intermédiaire de mes recueils. Sinon, cette farfelue déguisée en promoteur aurait eu carte blanche, pour m’aider à me hisser sur un piédestal.

Je pouvais me passer de ces spéculateurs. Plus motivés par les dessous de table, que par les valeurs qu'ils étaient à même de mettre au grand jour. Pour me le prouver, Le Tout-Puissant m'offrait un cadeau royal. Par l'intermédiaire d'une maison de retraite, j'ai pu offrir à un parterre ému de têtes blanches, un récital vraiment émouvant. Les personnes âgées, depuis toujours pour Bibiche et moi, étaient vénérées et respectées. Cette occasion de les satisfaire et leur adresser un petit signe amical, me réchauffait le cœur et leur permettait de se sentir aimées. Ne serait-ce que l'espace de quelques heures, au cours desquelles je clamais avec ferveur mes textes préférés, autant que les dernières créations. Ce bol d'oxygène, m'insufflait une énergie salvatrice.

Je voyais bien qu'avec mes séances à la maison, je ne parviendrais pas à gagner suffisamment d'argent. Je me mettais en quête de trouver un poste de masseur. Instituts, fitness, associations, une liste impressionnante était établie par Bibiche. Mes recherches aboutissaient finalement, après une bonne vingtaine de réponses négatives. Début Juillet, à quelques semaines de la fin de mes indemnités de chômage, j'entrais dans mon nouveau personnage. Les vacations qui m'étaient octroyées, tenant compte du salaire proposé, ne laissaient guère miroiter de miracle. Le moral était au beau fixe, c'était l'essentiel. Avec la volonté et la rage de vaincre qui m'animait, je ne me faisais pas trop de soucis.

Ce qui m'inquiétait par contre, c'était le moral de Bibiche. Nous avions franchi le cap de la moitié de ses indemnités, et elle désespérait de trouver un emploi. Elle se voyait déjà parvenant en fin de droit, réduite à la mendicité. La vente des recueils sur laquelle nous comptions un tantinet quand même, pour me faire connaître en tant que poète mais aussi, en qualité de masseur par la même occasion, était pour la moins défaillante. Le drame avec Bibiche fut que très vite, sa santé en prit un coup. Sitôt que son moral baissait, son métabolisme se mettait en léthargie et les problèmes surgissaient.

Mes absences régulières du domicile pour raison de travail, me posaient un cas de conscience. Devais-je persévérer dans cette direction ? Je ne gagnais pas des fortunes mais en quelques semaines, ma clientèle au fitness me permettait d'avoir un revenu presque correct. Avec l'accord du directeur du fitness, elle m'accompagna durant une semaine à mon travail. Elle n'était pas du tout, mais alors pas du tout, dans le « profil type », des femmes pour ce genre d'établissement. Loin de chercher à se montrer, elle était au contraire la discrétion même. Pour envenimer le climat hostile à son encontre, les deux ou trois mégères dont j'avais évincé les odieuses et habiles « propositions », se chargeaient de lui mener la vie dure.

Tant et si bien qu’écœurée, la mort dans l'âme, mon épouse préféra rester à la maison. Ce fut le début, d'une lente agonie pour moi. Malgré la bonne petite clientèle que je m'étais bâtie, j'éprouvais au fil des jours, les plus grandes difficultés à conserver ma dignité. Comme je refusais de me mélanger au panier de crabes, j'ai été rapidement mis sur la touche. Quarantaine ou presque, ragots diffamants auprès de mes clientes, et naturellement perte progressive de mes patientes. La jalousie, la médiocrité, ont eu vite raison de ma patience et de mon indifférence. Je voulais bien faire le maximum, mais à l'impossible nul n'est tenu.

Les jours passaient, j'essayais de mettre mon poing dans la poche. Car ma pauvre Bibiche était de plus en plus mal. La fin de l'année arrivait à grands pas. Elle n'avait toujours pas de réponse favorable en vue d'un emploi. La panique, l'angoisse, s'installaient de nouveau dans son petit cœur. Comme le rire, l'effroi était communicatif. Je ne voulais pas le montrer, mais en mon for intérieur, je n'en menais pas large. Qu'allions nous devenir si d'aventure, elle ne trouvait pas de travail ? Ce n'était pas les quelque deux milles francs que je gagnais, entre le fitness et la maison, qui pouvaient nous permettre de faire face à nos charges ! Je délaissais plus ou moins le magnétisme par la force des choses.

Il me fallait coûte que coûte élaborer la structure du massage. Était-ce la bonne solution ? Quand je revivais les moments forts, traversés l’année précédente, en quatre-vingt-onze, et les richesses des enseignements que m’apportaient mes patients, j’éprouvais une certaine nostalgie. Autant je me sentais « au cœur de ma mission » durant cette période, autant en cette année quatre-vingt-douze, je cherchais ma voie. Je n’étais plus magnétiseur et j’étais loin, d’être un masseur confirmé ! Je prenais conscience de l’ampleur du combat que je devrai mener, pour surmonter les handicaps générés par cette profession, pourtant noble et pure au demeurant. Pire qu’avec le seul magnétisme, je sentais bien sans en être totalement conscient pour autant, qu’autour du mot massage, gravitaient des préjugés bien ancrés dans les mentalités.

Du mieux que je pouvais, je tentais de juguler quotidiennement les hémorragies énergétiques de mon épouse. Pour tenter de la distraire, sans dépenser d'argent, je m'inscrivais dans une troupe de théâtre amateur. Je retrouvais le feu sacré qui durant plus de dix ans, dans les années soixante-dix, avait brûlé en moi. L'amour des planches ne m'avait jamais quitté. Enrôlée à mes côtés, elle faisait le maximum pour s'intégrer, en vain. Elle était trop anxieuse pour notre avenir. Si bien que l'aventure théâtrale à son tour, pris fin malgré moi. De plus en plus tendu, j'assumais difficilement ma mission. Mes séances n'étaient que l'ombre de ce que j'étais en mesure d'apporter véritablement.

Je ne pouvais plus faire le vide en moi. Chaque seconde de la journée, j'étais obnubilé par la souffrance de ma divine Bibiche. Mes patientes étaient remarquables, d'amour et de tendresse. Informées de la situation, elles essayaient du mieux qu'elles pouvaient, de nous remonter le moral. Chacune de leur côté, elles se proposaient d'intervenir auprès de leurs relations privées, pour trouver une occupation à Bibiche.

Au fitness, l'ambiance était devenue insupportable. Au mois de novembre, je mettais un terme à cette aventure, avant de devenir méchant. Je ne voulais pas ajouter de soucis supplémentaires à notre malheur. Financièrement parlant, nous ne disposions que d'une très petite réserve. Avec un peu de chance, nous pouvions tenir jusqu'à la fin de l'année, sans toucher à son salaire. Il fallait à tout prix, palier au pire. Pour ne pas puiser dans ses trois derniers virements, et les laisser intacts pour le début de l'année 93, nous envisagions de vendre le mobilier superflu. Voiture, bar, collections, buffet etc. Nous mettions bien entendu, une croix sur tous nos frais inutiles. Plus de sortie, plus la moindre dépense inconsidérée. Une énième série noire arrivait. L’isolement devenait très vite un enfer. Plus disponible pour Bibiche, je l'entourais d'un maximum d'affection.

Notre couple était sur la mauvaise pente. Elle devenait vindicative, pour ne pas dire agressive. Distante, elle ne m'accordait plus le moindre instant de tendresse. Nous n'avions plus de rapport sexuel, depuis une bonne vingtaine de jours. Amaigrie, effondrée, elle ne parvenait plus à reprendre le dessus. Difficile dans ces cas-là, de ne pas paniquer.

Pourtant, je résistais du mieux que je pouvais. Comment pouvais-je contredire les faits ? Depuis presque une année, elle obtenait les mêmes refus, les mêmes rejets, et surtout, le même mépris dans les réponses. Combien de fois s’était-elle culpabilisée d’avoir démissionné ? Je ne les comptais plus. Son degré d’écœurement, atteignait son paroxysme. Plus je tentais de colmater les brèches, dans son moral en perdition, plus je me heurtais à son absence de réceptivité. Elle ne croyait plus en rien. Dieu dans ces moments-là, connaissait de bien sombres moments d'oubli. Jusqu'où, cet état de morosité allait nous conduire ?

Physiquement, Bibiche perdait chaque jour un peu plus de son allant. Amaigrie, isolée dans ce monde intérieur au néant glacial, elle devenait prisonnière de sa propre impuissance. J'avais beau essayer de lui recommander de faire l'effort et de prendre sur elle, rien n'y faisait. Dans l'état où elle se trouvait, j'en étais conscient, jamais, elle ne parviendrait à trouver la moindre occupation.

Blasée des mêmes remarques, allusions ou propositions plus ou moins « déguisées », elle se sentait de plus en plus inutile. Trop vieille pour les uns, trop « fidèle » pour les autres, elle était promenée d'un rendez-vous à l'autre, avec le même échec à la clef. De promesses en essais, d’illusions en déboires, elle cheminait en automate sur ces sentiers escarpés parsemés d’embûches. Le suspens était total. Plus elle s’enlisait dans les marécages de sa souffrance et de son mutisme, plus je redoutais un geste désespéré de sa part. C'était dans ces moments graves et dramatiques, que nous déplorions le manque d’amis sincères.

Personne à qui se confier, nul être à nos côtés pour nous apporter le réconfort, dont nous avions tant besoin. Même les gestes, paroles, ou autre manifestation amicale, n’étaient plus perçus à leur juste valeur. Nous étions enfermés dans le carcan de nos tourments. Nous ne pouvions plus discerner le bien du mal, le vrai du faux. Retour à la case départ ! Un de plus. Doutant de mes capacités, autant que de ma foi, je commençais à désespérer. Je ne parvenais plus à rétablir la normalité dans l'énergie de Bibiche. Des heures et des heures durant, je luttais de toutes mes forces. Sans parvenir à rien d'autre, qu'une faible amélioration. Nous glissions mutuellement sur la voie descendante.

Cette pente glissante, sur laquelle nous dérapions chaque jour davantage, nous conduisait inexorablement dans les ténèbres de la dépression. Il fallait réagir, faire n'importe quoi pour sortir de ce ghetto, avant qu'il ne soit trop tard. Oui mais voilà, comment, et par quel moyen ? En dépit de la solidarité, dont nous entouraient mes patientes, l'heure de l'hallali était sonnée. Plus rien ni personne, ne pouvait nous aider. Loyalement, j'arrêtais mes séances. Je n'avais pas le droit de persévérer, conscient que ce que je faisais, ne ressemblait à rien. Que faisait Le Tout-Puissant ? Pourquoi nous abandonnait-il ? C'était naturellement ce que nous pensions. Notre foi était aussi chancelante, que la santé de Bibiche.

Nous étions effondrés. Acculés dans nos derniers retranchements, très souvent côte à côte sur le balcon, nous regardions le vide, avec le secret espoir de mettre fin à nos jours. À quoi servions-nous dans ce monde ? Étions-nous en avance ou en retard, par rapport à l'humanité tout entière ? Nous ressemblions à deux vieillards. Les traits tirés, burinés par le chagrin et l'angoisse, nous sombrions chaque jour davantage dans les méandres du doute et de l'incertitude. À quoi pouvaient servir mon magnétisme et mes massages ? Pourquoi Dieu m'avait offert ces possibilités, si c'était pour qu'elles fussent inefficaces, en ces instants de profonde désolation et d'affliction morale ? Nous n’avions pour seul horizon, que les murs de notre appartement.

N’ayant plus les moyens de nous offrir ne serait-ce qu’une petite soirée au restaurant, nous restions comme deux ermites, cloîtrés dans les échos de nos appels au secours. Qui allait nous entendre ? Le Tout-Puissant nous laissait macérer, dans le jus de notre angoisse. Il nous appartenait, et à nous seuls, de trouver une solution. Seulement voilà, où regarder, vers qui se tourner ? Le désert de l’indifférence, étalait autour de nous son tapis d’injustice. Nous étions tellement vidés, exsangues et démunis de ressources, que nous attendions la fin. Pour la première fois, depuis le début de notre amour, je ressentais de nouveau les prémices de la chute aux enfers. Avec ma tendre Bibiche, je m’étais juré de ne jamais plus me laisser aller dans une telle sinistrose. Je prenais conscience, au cours de ce passage à vide, de l’importance qu’elle représentait pour moi. Son sourire, son amour, son éclat, me donnaient un dynamisme extraordinaire.

Quand elle était dans un tel état d’abandon, je n’avais plus aucune ressource. Main dans la main, unis comme aux plus beaux jours de notre amour, nous nous entraînions vers les abîmes du désespoir. Notre bel Eden ressemblait à une décharge publique. Tout ce qui nous entourait, jusqu’ici revêtu d’un éclat merveilleux, était terne et sans vie. Raison de plus pour les supprimer et nous débarrasser de ces objets, narquois et obsolètes. Pourtant, même ce vœu de fuir cet environnement hostile, n'était pas exaucé. Cassant les prix, sacrifiant les valeurs pourtant réelles des objets, nous ne vendions même pas, pour manger un jour ou deux.

Du fond de notre puits, nous n’apercevions même plus la lumière. Vraiment, nous étions au plus bas. Jamais, au cours des pires moments d’angoisse que j’avais connus, je ne m’étais senti aussi désemparé. Qui accuser ? Qui blâmer ? Quels que soient les lieux où se posaient nos regards, nous ressentions la même indifférence, le même mépris. Il ne restait plus qu’une solution : accepter cette agonie et espérer que très vite, Dieu nous rappellerait à Lui. Jusqu’au jour ou nous avons reçu une lettre de notre brave mamie. Depuis son lit d’hôpital, elle nous adressait une missive pleine d’amour et de tendresse. Elle renaissait. Grâce à ce courrier empli d’espoir et de pensées positives, nous révisions nos théories sur les valeurs que nous avions occultées.

C'était notre brave mamie qui cette fois, ayant remonté la pente, volait à notre secours. Elle a commencé à nous secouer les puces, comme jamais personne ne l'avait fait avant elle. Nous perdions la foi ? Avec elle au moins, nous pouvions en retrouver le chemin. Fermement, autant qu'elle l'aurait fait avec ses propres enfants, elle nous sermonnait et nous remontait le moral.

Si Dieu nous avait conduits à cette apparente fin de non-retour, c'était pour nous préparer à l'étape suivante. Étant au bout du rouleau, nous n’avions plus rien à espérer. C'était précisément là-dessus, que Mamie insistait. Moins on attend, plus on doute, et plus on obtient. À condition toutefois, de croire en Dieu ! Car sitôt relevés, à qui aurions-nous pu attribuer ce nouveau changement ? Jamais, Il n'abandonne ses brebis.

L'amour, la douceur, autant que la fermeté de cette divine mamie, nous permettaient de recouvrir partiellement notre lucidité. Bibiche ne trouvait pas de travail ? C'était pour lui permettre de trouver autre chose. Quoi ? Ni mamie ni moi ne pouvions répondre. Elle avait souffert au bureau au point d’en démissionner ? De mon côté, je ne brillais pas avec une petite clientèle ? Si cela voulait dire que nous devions envisager de travailler côte à côte ? En attendant, grâce à la patience de notre amie, nous nous faisions à cette idée de trouver bientôt, un emploi qui nous permettrait de travailler ensemble. C'était dans ce sens que nous orientions nos prières.

Le moral revenait doucement. Nous déplorions un manque d’amitié dans notre entourage ? Dieu nous offrait l’amour divin, incarné par cette brave Mamie. Nous étions pris en charge par elle qui, régulièrement, nous emmenait à la campagne ou au restaurant. Entre deux promenades en sa compagnie, nous éprouvions de nouveau du plaisir à nous balader dans les parcs environnants. Main dans la main, nous reprenions goût à la vie. Émergeant de nos ténèbres, malgré le froid piquant, nous restions des heures à contempler la nature. Asphyxiés, prisonniers des autres et de leurs sarcasmes, nous découvrions les bienfaits de la vie pleine et entière. Profitant de chaque heure, de ces journées régénérantes, nous arborions enfin la bannière du bien-être intérieur.

Loin de nous faire des soucis à propos des « quand dira-t-on », nous reprenions le chemin de l’harmonie. Vivre pour soi, et non pour ou à travers des autres, était la leçon qu’il nous fallait apprendre. Vivifiés, purifiés, nous affichions un autre état d'esprit rapidement. Notre couple retrouvait ses automatismes. La tendresse, les câlins, la poésie, tout redevenait normal. À moins d'un mois de Noël, il était temps ! Le magnétisme retrouvait lui aussi, sa force et sa noblesse. Je reprenais confiance en moi grâce à Bibiche qui dès lors, répondait favorablement à mes séances. Dynamisée, ragaillardie, elle reprenait du poids et son moral était plus stable.

Elle appréhendait ses démarches professionnelles avec un tout autre état d'esprit. Fallait-il vraiment persévérer dans cette voie ? Il fallait croire que non. Je me serais bien gardé de l’influencer en quoi que ce soit. Conscient que tôt ou tard, Le Tout-Puissant se manifesterait. Plus fortement que jamais en ces minutes d’intense soulagement, je faisais le parallèle avec notre mamie. Je la revoyais juste avant son départ pour la Hollande. Je mesurais avec émoi, l’incidence accrue du moral de mon épouse. Du jour au lendemain ou presque, elle s’était métamorphosée. Je n’en tirais aucune conclusion hâtive. Je savais, et l’espérais surtout très fort, Dieu dans sa grande miséricorde, ne tarderait pas à nous parler.

**********

Un matin, elle se préparait dans la salle de bains. Abandonnant mon ordinateur, je parcourais rapidement l’hebdomadaire où j'avais trouvé l'annonce de l'école de massage. Pourquoi soudain, cette envie bizarre de feuilleter ce journal ? La réponse allait me parvenir aussitôt. « Local à louer » ! Le message du Tout-Puissant me parvenait avec force. Voilà ce que nous allions faire !

Ouvrir un centre de massage et de relaxation. L'annonce stipulait clairement les détails de l'équipement, dont le local était pourvu. Sauna, solariums, jacuzzi... En lisant cet encart providentiel, mon cœur s'est mis à battre la chamade. Ainsi, une fois encore, Le Tout-Puissant manifestait sa présence. Bibiche à l'accueil et à la gestion et moi, à mes massages et mon magnétisme. Eurêka ! Immédiatement, j'en informais Bibiche à travers la porte de la salle de bains. Euphorique, je l'étais tellement, que je ne pouvais pas une seconde envisager une réticence de sa part. Je l'entendais sortir de son bain et venir me rejoindre. Elle jetait un regard furtif sur cette annonce miraculeuse. Pragmatique et plus raisonnable surtout, elle cherchait d'entrée à en savoir davantage au sujet de la location.

Bigre ! Le moins que nous ayons pu dire, était que ce n'était pas bon marché ! Partir à zéro, cela ne nous faisait pas peur. En étant réalistes, nous ne pouvions pas compter sur ma clientèle, pour commencer à faire du chiffre. Cet aspect, que j'avais occulté dans mon enthousiasme, me crevait soudain les yeux. Bibiche avait raison. On ne pouvait que difficilement accréditer cette hypothèse, sans spéculer d'une manière hasardeuse sur l'avenir.

D'un autre côté, j'essayais de l'influencer dans ce sens-là. Pourquoi Dieu, nous aurait mis sur cette voie, s'Il ne prévoyait pas de nous permettre de réussir ? Plus j'argumentais avec des si et des pourquoi pas, plus Bibiche m'opposait son sens aiguisé de la gestion. Très vite, je me trouvais à bout d'arguments. Allais-je capituler ?

Certes, je respectais ses craintes et son scepticisme. Avions-nous le choix de laisser passer pareille occasion ? Tandis qu'elle retournait dans la salle de bains, pour terminer sa toilette, je méditais sérieusement sur la question. Pesant le pour et le contre, je voyais bien que malgré mon savoir faire, en matière de persuasion, je me heurtais au mur de la logique et de la raison de mon épouse.

Une évidente réalité me crevait soudain les yeux. Comment pourrions-nous faire pour avancer les trois mois de loyers et de caution ? Nous ne disposions que d'un maigre capital. En forçant bien et si les meubles se vendaient, nous pourrions dans le meilleur des cas, réunir péniblement un seul loyer ! La loi de la finance, incontournable, mettait son veto. La bonne volonté ne pouvait servir à rien, si l'on ne disposait pas de moyens adéquats. Le cynisme de cette vérité me faisait froid dans le dos. Plus je cherchais une solution, plus je patinais dans la semoule. J'avançais d'un petit pas, pour reculer de deux. Le rêve commençait à s'estomper dans ma tête.

Non content de ne pas avoir de solution, j'avais en plus, à surmonter l'obstacle de ma propre femme. Comment essayer de la faire changer d'avis ? Le plus grand mépris c'est le silence n'est-il pas vrai ? Fort de cette certitude, je m'isolais dans mon roman, bien décidé à tenter le tout pour le tout. En manifestant un brusque désintéressement, je pariais que Bibiche se prendrait au jeu. Coquin et malicieux, j'y ajoutais un zeste de profonde déception, histoire de la culpabiliser sans lui en donner l’impression. Le moins que je peux dire, c'est que ça a marché comme sur des roulettes.

À peine était-elle sortie de la salle de bains, rayonnante et pomponnée, adorable en vue de son rendez-vous professionnel, qu'elle a eu en me voyant, un brusque remords de conscience. Je sortais le grand jeu de l'indifférence, à l'égard du projet, pour mieux naturellement, attiser son désir de l'approfondir. Elle avait raison, je me pourfendais en épithètes toutes plus valorisantes à son égard, à propos de sa sagesse et de sa pondération.

Plus pathétique que jamais, histoire d'enfoncer le clou, je me résignais à admettre la folie d'un tel espoir. Je venais de rêver à voix haute ! Je la sentais prise entre le marteau et l'enclume. Je me gardais bien cependant, de ne rien manifester qu'une fausse indifférence. Je lui souhaitais bonne chance pour son rendez-vous, tout en insistant discrètement sur un possible et incontournable échec. Puis, toujours désabusé et faussement choqué, je la laissais s’habiller. Je ne voulais pas accentuer l’ascendant que je venais de prendre inutilement.

En la voyant, soucieuse, lointaine, je remarquais son net embarras. Silencieuse, elle ne disait plus rien. Elle me quittait avec au fond du cœur, un arrière-goût de regret. Ma ruse avait-elle fonctionné ? À ce moment précis, j’étais loin de pouvoir l’affirmer. Qui plus est, une fois sortie, je me trouvais dans une position pas très à l’aise. Je n'ai pas eu le temps de me poser la question bien longtemps. Cinq minutes à peine, après m'avoir quitté, elle revenait à l'appartement comme une furie. Adieu rendez-vous bidon, bonjour l'espoir et l'avenir ! Cette volte-face me laissait pantois. Pris à mon propre jeu, je manquais d'arguments pour lui donner la réplique.

Cette fois, remontée à bloc, elle prenait les choses en main. Passant du doute à l'euphorie à son tour, elle affichait une détermination hors du commun. Immédiatement, battant le fer pendant qu'il était encore chaud, elle prenait rendez-vous avec les propriétaires du local en vue d'une visite... l'après-midi même. Là, j'en restais sur le derrière. J'étais aspiré dans cette spirale qui, à son apogée, me transportait au firmament du bonheur.

Je retrouvais ma tendre Bibiche, vaillante, active et déterminée, prête à affronter les pires difficultés. Certes, la lucidité ne la quittait point. Sagement, elle analysait tous les cas de figure. L'argent pour les trois loyers d'avance ? Dieu nous permettrait sans doute, de vendre la voiture. La caution ? Inutile de se faire des cheveux blancs prématurément. Elle débordait d’énergie, et paraissait sortir de son tunnel.

Cette métamorphose m’impressionnait. Elle excellait dans l'art de transfigurer une situation dramatique, en prémices d'une vie beaucoup plus harmonieuse. Nous n'avions pas de clientèle ? Avec l'argent de son épargne retraite, que je découvrais au passage, nous aurions de quoi tenir plus d'une année en comptant toutes les charges. Le reste, ne serait qu’une question d’adaptation.

Courageux tous les deux, unis dans ce combat merveilleux, je la sentais prête à remuer des montagnes. Je retrouvais dans son regard, les flammes de la passion et l’envie incroyable de vaincre nos pires ennemis. Médusé, admiratif, je me laissais bercer par le dynamisme de ma petite épouse. Une fois de plus, je mesurais l’incidence de son moral sur le mien. Elle était en bas ? Je l’étais aussi. Elle rayonnait ? Je l’accompagnais dans cette euphorie. Seule recommandation, avant de passer à table, il faudrait que je me montre raisonnable et réservé, au cours de la visite l'après-midi. Pas question de manifester autre chose, qu'un plaisir ou au contraire, une répulsion.

Les affaires, elle connaissait mieux que moi. Négocier, elle en était largement capable. En commençant le déjeuner, je ne pouvais plus poser mes yeux ailleurs que sur le visage serein et sublime de ma tendre Bibiche. Loin de savourer une victoire quelconque, j'appréciais à sa juste valeur, ses facultés d'adaptation et son pouvoir de décision.

Quelques heures plus tard, les rôles étaient inversés. En visitant les locaux, je mourais d'envie de crier mon bonheur. Respectant ma parole envers Bibiche, je n'en faisais rien. C'était alors l'apothéose. Loin de toute attente, ce fut Bibiche en personne, qui se laissait emporter par le tourbillon gracieux, qui lui permettait de quitter le présent. J'en restais tout d'abord médusé, avant de partir la rejoindre sur son nuage de rêveries féeriques.

Ici, nous pourrions faire ceci... Là-bas, nous installerions ceci... Ma cabine de massage serait très bien dans cette pièce... Dans ce coin, pourquoi ne pas installer un vestiaire ? À chaque endroit, c'était la même explosion de bonheur. Le propriétaire, ému pas notre engouement, se montrait vraiment humain. Nous étions quelque peu gênés financièrement ? Il abaissait les trois premiers loyers de près de moitié. Pour la caution, nous verrions plus tard, sitôt que Bibiche aurait touché son argent.

Coïncidence ou pas, le montant demandé pour les loyers correspondait exactement, à celui de l'offre qui nous avait été faite pour l'achat de la Golf ; soit neuf milles francs ! Ni plus, ni moins. Sans toucher à nos maigres économies, nous pouvions sans prendre de risque démesuré, envisager la signature du bail. Tout se précipitait. Jouant la carte de la confiance, nous ne perdions pas de temps à voir ce qui pouvait éventuellement clocher dans cette offre merveilleuse.

Nous étions transportés l'un et l'autre, au firmament du bien-être. Nous nous sommes laissés guider par Dieu, sur le chemin qu'Il avait prévu pour nous. Nous étions ravis, heureux, mais sans perdre pour autant le sens des réalités. Nous savions que la partie qui s'annonçait, n'était pas gagnée d'avance. Avant de nous engager de manière définitive, nous prenions le temps de peser le pour et le contre.

Tout reposait sur mes épaules. De mon travail, dépendrait la réussite ou non de notre entreprise. Si je ne me faisais aucun souci pour la gestion du centre, il n'en était pas de même quant à son évolution potentielle. En cette fin de siècle, il en était du massage dans l'esprit des gens, ce qu'il advenait du magnétisme. Une confusion totale régnait dans les pensées à l'égard de telle ou telle thérapie. D'autant plus forte en ce qui concernait le massage que hélas, et nous le déplorions, certains spéculateurs avaient réussi à démystifier sa valeur intrinsèque. Au profit moins honorifique du sexe. Dans bon nombre de pays Européens, le mot massage était intimement lié à des pratiques érotiques.

Se faire un nom, s'affirmer en tant que thérapeute et non obsédé du sexe, était une gageure à laquelle il fallait songer. Les défis ne nous faisaient pas peur. Avec ce que nous avions traversé, cet obstacle ne paraissait pas insurmontable. Cette fin de journée, après une visite en tout point grisante, se ponctuait de la meilleure façon qui soit ; inutile de préciser à quoi nous nous sommes livrés ce soir-là ? Saumon, toasts et… champagne naturellement. Profitant de l'ambiance veloutée, qui nous entourait pendant notre dîner, nous faisions marcher nos méninges à cent à l'heure. Quel nom porterait notre centre ? Car il fallait bien baptiser notre nouvel enfant ?

Des propositions les plus baroques, à celles franchement comiques, nous nous accordions finalement sur le futur logo de notre institut. Il ne m'en fallait pas davantage pour me motiver à la tâche. Une fois Bibiche au lit, je me suis mis à l'ouvrage. Je voulais sortir les premières maquettes des cartes de visite. Très tard cette nuit-là, épuisé mais comblé, je venais rejoindre la douceur du corps de ma dulcinée, en priant Dieu de ne jamais m'en séparer. Ainsi, le « Centre Énergie 2000 » était né !  (suite sur le livre)...

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L'extrait représente ~ les 44 premières pages du quatrième chapitre

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