Récit authentique vécu par le fils de notre ami Yves, et sa petite amie Melody

15/01/2005

Dimanche 26 décembre.

            Il était 9h10 quand le réveil se mit à sonner. Je me suis réveillé et me suis préparé pour aller au club de plongée, qui se trouve à dix mètres de la plage où j’avais rendez-vous pour 9h30. En passant devant le bungalow de Fabrice, mon instructeur, je vois que celui-ci était encore dedans à ses chaussures devant sa porte. Je me suis donc dit qu’il avait peut-être fait la fête et qu’il dormait encore. J’ai donc décidé de frapper à sa porte, car cela lui était déjà arrivé d’arriver en retard. À ce moment il sorti. On a donc continué la route ensemble jusqu’à ce que Marta, une polonaise parlant français et qui travaille dans un centre de varappe nous rejoigne sur le chemin, j’avais pris mon bonnet de père Noël, elle m’avait demandé la veille de le lui prêter pour faire des photos sur une paroi. Un petit arrêt rapide pour un « thai pancake » pour le petit déjeuner et nous voilà repartis.

            Fabrice me dit que c’est la première fois qu’il n’a pas vraiment envie de voir ses clients, ils avaient annulé le cours de la veille, je crois qu’il avait un peu peur que le cours soit difficile avec eux. Chose vrai, car le mari après avoir faillit se noyer il y a dix ans, n'avait réussi à de nouveau entrer dans l’eau que depuis deux ans ; la femme, elle, s’était presque noyée quelques jours auparavant, ayant été oubliée sur un site de snorkeling. Mais ayant les deux maintenant peur de l’eau, le couple était motivé pour passer leur premier brevet de plongée.

            Je me rappelle que le couple était déjà au club lors de notre arrivée à 9h30. Fabrice me présente et leur explique que je suis le cours de divemaster et que donc j’allais l’assister pour ce cours. Présentation faite, nous sommes montés au premier qui sert à la fois de bar pour se décontracter après les plongées en visionnant la vidéo du jour et de lieu de cours avant que les plongeurs reviennent. Fabrice leur explique donc comment le cours va se passer et leur remet le premier questionnaire du cours open water. Une fois fini il a commencé à le corriger en expliquant bien leurs fautes.

            Il avait presque fini lorsque l’on a commencé à entendre plein de cris. Je crois que l’on a bien mis une minute avant de se demander ce qui se passait réellement. La femme demanda à Fabrice si nous devions fuir. Nous avons pris ce que nous avions à ce moment avec nous et sommes descendus encore calmement, ne sachant toujours pas ce qui se passait. Les gens couraient et hurlaient. Des Thaïlandais nous prirent même par les bras, nous demandant de courir et fuir. Le couple avait déjà prit la fuite. Fabrice et moi avons couru quelques dizaines de mètres et nous sommes arrêtés. Je me souviens de regarder vers la plage et de voir un « longtails » qui tournait à une drôle de hauteur. Fabrice m’a alors dit voir une grosse vague arriver vers nous, en même temps que l’on entendait un bruit sourd. Il me demanda alors de courir me tirant par le bras. Je crois lui avoir dit que je pensais qu’il y avait du y avoir une secousse dans le coin.

            Nous avons couru jusqu’à la nouvelle partie du village de Tonsai, une partie encore en construction où les bâtiments sont d’une construction encore solide, mais surtout où il y a aussi un premier étage. Nous nous sommes faufilés dans une petite ruelle, pas plus large que moi et sommes montés dans un de ces bâtiments loin d’être fini. Une fois là-haut, l’eau commençait déjà à monter. Il devait déjà y avoir un mètre. L’eau était boueuse. Les gens criaient et se faisaient emporter. Nous leur criâmes de nous rejoindre, certains nous entendirent et réussirent à monter. Il y avait bien deux mètres l’eau. Je me retournais sans arrêt et je ne voyais pas plus de monde arriver. Nous devions n’être que dix dans ce bâtiment. Une femme criait, ses deux enfants dans ses bras. En face de nous, se trouvait un chantier, séparé de la rue par des tôles. Un homme et une femme s’accrochaient du côté des travaux au haut de ces tôles. Soudain un autre homme percuta l’opposé ce celle-ci. Le sang recouvrait son visage. Mais il se fit de nouveau emporter par l’eau.

            De la haut je pensais à Melody, j’espérais qu’elle n’était pas encore allée à la plage. Au bout de 5 minutes, je crois, l’eau a commencé à baisser. Fabrice me tend sa sacoche contenant son détenteur et me dit d’aller voir Melody pendant que lui allait essayer d’aider. La femme qui avait ses deux enfants essaya de nous retenir, mais nous y sommes quand même allés. En bas du bâtiment, je me souviens avoir marché dans un trou, m’égratignant légèrement une jambe et perdant presque une tong ; sur ce, pour pas les perdre, je me suis décidé de les garder à la main. La petite ruelle empruntée auparavant était bloquée par une tôle, mais Fabrice réussi à l’enlever, il m’a dit espérer que l’eau se dissipe rapidement, ce qu’elle avait l’air de faire. Nous avions encore de l’eau jusqu'à la taille. L’eau était très sale, brune et sentait le pétrole ou quelque chose de semblable. Il prit la direction du club quant à moi l’opposée. Je devais traverser tout le village pour retourner au bungalow voir si Melody allait bien. Je m’encoublais à chaque pas, ne voyant rien de ce qu’il y avait dans l’eau. Les gens criaient toujours, mais ils ne semblaient que légèrement blessés.

            Mais dès que je suis sorti de la zone de construction « solide » ce fut le choc. Tout était détruit. Ma peur que Melody soit blessée grandit, je voulais donc me dépêcher de la rejoindre, souhaitant de tout mon cœur qu’elle aille bien. Une Guesthouse était encore plus ou moins debout mais une fuite de gaz enflammée ravageait l’un de ses côtés. Des touristes en sortaient les mains protégeant leur tête des flammes. L’idée de savoir si Melody allait bien m’obsédait plus que tout, je ne me suis donc pas arrêté. Des fils électriques pendaient de partout, des poteaux arrachés bloquaient le chemin, les gens me rentraient dedans pour fuir à l’opposé d’où j’allais. Un endroit, une des images qui me revient encore dans la tête, devant un bâtiment en bois encore entier, un homme se tenait debout, criant à l’aide. Sa voix m’a marqué car il s’est retourné dans ma direction, criant et pleurant. J’ai vu alors qu’il avait une énorme entaille sur son bras. Celle-ci était nette et vraiment pas belle à voir. Je ne me suis pas arrêté.

            En y repensant maintenant je me dis que j’aurais pu l’aider, lui faire une compresse, mais j’essaie de me consoler me remémorant la scène et voyant que cette blessure ne saignait pas vraiment, j’essaie de me dire que de toute manière, cette blessure ne représentait pas un réel danger pour sa vie. Mais j’ai quand même l’impression de n’avoir pensé qu’à moi et à Melody. Plus loin la route était complètement bouchée, un amas de tôles bouchait la direction du bungalow sur plusieurs mètres de haut. J’ai du faire un petit détour et passer vers la plage. Mais pour cela il me fallait trouver un passage dans les décombres. Je n’arrêtais pas de me cogner dans des choses cachées sous l’eau, je suis même tombé dans un trou me râpant le ventre, j’avais de la boue jusqu’aux épaules. Une fois trouvé, j’ai essayé de contourner le gros tas de déchets, tôles, pierres, bois et autres, où peu avant se trouvaient des habitations de bois, de tôles, des boutiques et des restaurants. Mais cela ne ressemblait même plus à une décharge. Là, je tombais sur mon premier corps. Une personne était déjà passée par là. Une femme nue recouverte d’un drap gisait sur le sol. Une Thaïlandaise qui devait probablement être dans sa petite maison de tôle quand la vague était arrivée. J’ai continué à avancer.

            Certaines maisons de tôles tenaient encore par un rien. Je suis alors tombé sur un nouveau corps, un homme recouvert de coupures et de contusions. J’ai essayé de prendre son pouls, voir s’il respirait encore mais je n’ai rien senti. Il portait un short et un tee-shirt complètement déchiré. J’ai ramassé le premier morceau de tissu qui se trouvait être un tee-shirt plein de boue, et j’ai recouvert son visage. Je ne savais pas vraiment où j’étais, je voyais juste la direction à prendre par rapport à la petite colline qui se situait au centre de la partie habitable de l’île, notre bungalow se trouvant à côté. Si j’avais continué à contourner les décombres, j’aurais continué à m’éloigner d’où je voulais aller, j’ai donc coupé dans les décombres de tôles et de bois à un endroit où ceux-ci étaient un peu moins entassé et formaient un mur moins haut. Un moment je suis monté sur un toit en tôle qui tenait encore. J’ai croisé un homme Thaïlandais qui cherchait quelqu’un en pleurant. Celui-ci a voulu m’aider lors d’un moment ou j’avais glissé, je l’ai remercié et lui ai dit que ça allait. Il s’est alors éloigné. Je suis redescendu pour remonter sur un toit cette fois ci effondré.

            J’ai entendu des gens m’appeler. Ils se trouvaient dans ce qui restait d’un restaurant en forme de bateau construit sur une des pentes de la colline. Ils m’indiquaient qu’un homme était couché pas loin de moi. J’y suis allé. Encore un Thaïlandais. Il ne portait plus qu’un slip à moitié défait. Il était couché sur le dos, les bras près du corps. J’ai tout de suite essayé de prendre son pouls à sa carotide en essayant d’écouter s’il respirait. Mais je ne sentais rien, j’ai essayé à son poignet, mais rien. De l’eau coulait doucement de sa bouche. J’ai donc encore posé une oreille sur son torse pour écouter si son cœur battait mais toujours rien. J’ai alors pris les premières choses qu’il y avait près de moi pour le recouvrir. Un sac de sport sur son corps et une sacoche pour son visage. Je me suis retourné vers les gens qui m’avaient indiqué où il était pour leur dire qu’il était mort. Je les ai entendu crier « non » et d’autres choses que je comprenais pas. Quelques mètres plus loin, j’ai de nouveau entendu en grand bruit sourd, j’ai regardé vers la plage et j’ai vu qu’une autre grosse vague venait sur nous. J’ai commencé à me dépêcher, et je ne sais pas par quel hasard, je me suis retrouvé devant une Guesthouse solide encore debout.

            Des gens criaient du balcon du premier étage. Je ne sais pas comment je ne l’avais pas vu. J’ai grimpé sur un petit toit à moitié écoulé et j’ai sauté pour attraper le balcon, je me suis hissé dedans. Il y avait une des filles qui travaillait au bar du centre. Une autre fille était en état de choc et pleurait sans arrêt. Quand je me suis retourné pour voir la vague, le petit toit qui m’avait aidé à grimper n’était plus. Je voyais l’eau qui continuait à faire tomber des maisons. Soudain notre bâtiment bougea, un côté a même commencé à s’effondrer. On s’est tous alors réfugiés de l’autre côté. J’ai attendu que l’eau recommence à baisser,  je la voyais remporter des bidons et même des grosses cuves à eau. Une fois l’eau assez retirée, j’ai sauté après avoir remis mes tongs, j’avais les pieds assez ouverts et tranchés pour plus vouloir sentir la tôle dessous. J’ai coupé droit sur la colline qui se trouvait à 100m de la Guesthouse. J’ai essayé de me dépêcher, craignant une autre vague et étant paniqué à cause de Melody. Je voyais la petite usine qui se trouvait à côté de notre « hôtel » encore debout mais tout le reste était détruit. Les tôles avaient toutes été pliées comme du papier aluminium.

            J’avais envie de pleurer, mais je me suis retenu, croisant d’autres personnes pleurant et ne voulant pas leur montrer encore plus de tristesse. J’ai vraiment eu du mal à me retenir et certaines larmes ont su m’échapper. Arrivé au pied de la colline, je suis monté sur la passerelle qui relie des bungalows, d’ailleurs ceux-ci où Melody voulait placer sa maman pour Pâques, car ils étaient encore sympas, et pas loin de nous. Au bout de ceux-ci j’ai du grimper par-dessus des barbelés, sûrement pour couper les accès à ces bungalows. Et là j’ai vu que les notres étaient intacts. On voyait que l’eau était montée à presque 1,5m des premiers, que la zone qui séparait les grands bungalows au petit comme le notre était recouverte de tout déchets, mais ils étaient tous debout. Je trouvais Thibault, un autre plongeur du PhiPhi Scuba, celui qui faisait sa formation divemaster avec moi. Il était assis et me demandait ce qui s’était passé. Il pensait simplement que des réservoirs avaient lâché. Il avait l’air choqué. Je lui ai demandé s’il avait vu Melody, il me dit que non. Et que cela faisait que depuis hier soir qu’il se trouvait aussi dans cet hôtel car il y avait enfin une place qui s’était libérée. Je l’ai laissé pour aller quelques mètres plus loin pour voir si Melody était là. Mais le bungalow était fermé. La peur m’envahit. Pour moi elle devait déjà être à la plage quand cela arriva. Je ne pu non plus plus me retenir, j’étais en état de choc moi aussi. Je croisais plusieurs autres membres du centre qui essayaient d’aider des gens ou même de débarrasser un peu.

            Personne n’avait vu Melody. Mais ils m’indiquèrent la direction où d’autres membres s’étaient réfugiés. Ceci vers un hôtel un peu plus en hauteur. Je commençais à sentir toutes mes coupures, contusions et petites blessures. Je suis donc allé voir. J’ai trouvé un groupe de personnes, dont une fille qui parlait français. Mais elle ne pu pas m’aider pour retrouver Melody. Je suis retourné vers Thibault. Lui disant que je pensais que Melody était à la plage mais que j’avais vu l’état de cette plage et que rien ne restait. Je lui dis que j’avais mal aux pieds et que j’avais envie de défoncer la porte du bungalow pour prendre mes chaussures de plage. Il me dit ne pas hésiter. Ce que j’ai fait, la porte lâcha avant la serrure. Et la je fut un peu rassuré, car les affaires de plage de Melody étaient présentes. L’eau était à peine entrée, 2 centimètres tout au plus. J’ai pris mes chaussures et je suis sorti. Deux des membres que j’avais auparavant vus, passèrent devant moi avec un chariot portant deux corps de femmes mortes. Je me suis proposé de les aider mais ils ont refusé mon aide, en me disant de d’abord retrouver ma copine. Ils m’ont ensuite envoyé vers un des points de vue de l’île, me disant que beaucoup de monde s’y était réfugié. Sur le chemin j’ai vu que des gens avaient regroupé déjà pas mal de corps. Un Thaï pleurait sur le corps de sa femme. Je suis monté au point de vue et arrivé en haut Melody s’y trouvait. Je ne puis retenir ma joie de la voir saine et sauve et je l’ai serrée dans mes bras. Environ 1h30 s’était écoulée depuis le début de l’incident.

            Melody me présenta un jeune couple de Suédois qu’elle avait rencontré et qui l’avait soutenue en m’attendant. Le couple n’avait pas eu de chance. Ils étaient arrivés sur l’île peut-être une heure avant l’incident. Et malheureusement, ayant laissé leurs passeports à la réception, les avaient perdus.

            Je voulais redescendre pour prévenir certaines personnes avec qui j’avais parlé que j’avais retrouvé Melody, et prendre certaines affaires au bungalow. Nous sommes donc redescendus, Melody et moi. Malheureusement, aucune des personnes croisées auparavant n’était dans les parages. Nous avons juste pris le strict nécessaire dans nos affaires et sommes remontés. Au point de vue nous avons retrouvé une des fille du centre que j’avais croisée, Steffi, une Suisse allemande qui parle un peu français. Elle aidait un touriste Français qui était médecin et qui avait installé un petit « hôpital » dans une petite cabane. Nous sommes restés un peu devant celui-ci. Au bout d’un moment, la fille du couple que Melody avait rencontré venait prendre des nouvelles, nous l’avons donc suivie et nous sommes installés avec une des couvertures que nous avions ramenées à côté d’eux. Le couple était vraiment sympathique. Au bout de quelques heures, des personnes recrutaient du monde pour aller aider. Je suis parti avec eux. Pas un seul ne parlait français.

            En passant devant mon bungalow, et voyant que certains ramassaient des couvertures, je m’y suis arrêté pour prendre les notres. Chose que quelqu’un avait déjà fait, notre porte étant restée ouverte suite au fait que je l’avais forcée quelques heures plus tôt. J’ai donc profité pour regrouper nos affaires dans nos valises que j’ai posée sur le lit au cas ou une autre vague devait arriver, les deux dernières n’ayant fait rentrer que peu d’eau, s’il devait y avoir une suivante elle pourrait être plus haute. Je suis ressorti après cela, le groupe de personnes avec qui j’étais n’était plus dans le coin. Je suis donc allé un peu plus loin au milieu de ce qui avait été des petites habitations en tôles en appelant pour essayer de trouver quelqu’un de bloqué. N’ayant pas trop la force de revoir les choses que j’avais vues, je ne suis pas retourné dans la partie « village » qui était détruite. Alors pour ne pas remonter les mains vides, j’ai commencé à fouiller les décombres pour trouver de la nourriture et à boire, il devait être 14h,  j’avais eu la chance de manger un tout petit truc vers les 9h30, mais Melody n’avait rien avalé depuis la veille. Malheureusement, tout étant détruit, je n’ai rien trouvé pour manger. J’ai recroisé une des filles que j’avais voulu aider et qui avait refusée mon aide avant de retrouver ma copine, la rassurant sur ce point, j’ai continué à rechercher quelque chose à ramener, je suis alors tombé sur une bouteille de sprite de 1,5 litre fermée. Je l’ai tout de suite ramassée. Plus loin j’ai trouvé un bidon d’eau de vingt ou trente litres aussi fermé.

            Avec mes deux trouvailles dans les bras je suis retourné au bungalow. Le bidon n’était vraiment pas facile à porter. Devant un des bungalows se trouvaient des draps et des coussins que j’ai ramassés et arrivé devant le mien, ne pouvant plus porter ce bidon, j’ai tout posé sur une chaise et j’ai porté la chaise. J’ai rencontré sur le chemin un Français qui travaillait dans un autre centre de plongée. On a parlé un peu et il m’indiqua où il logeait, si j’avais besoin d’aide. Je suis remonté au point de vue, j’ai déposé le bidon, les draps et les coussins au petit hôpital de campagne et je me suis tout de même gardé la bouteille de sprite. A un certain moment, nous avons été rassurés de voir des plongeurs arriver, ceux-ci étaient dans l’eau quand les vagues étaient arrivées. Selon eux, tous les plongeurs qui étaient soit dans l’eau, soit sur les bateaux étaient sains et saufs. Cela nous rassura car nous avions des amis qui plongeaient ce jour. Nous avons passé le reste de la journée à essayer d’atteindre notre famille en empruntant des téléphones à ceux qui en avaient car le notre ne recevait pas de réseau, ma carte SIM était restée dans ma sacoche qui se trouvait au centre et en plus n’avait plus de batteries. Mais sans succès. Un moment Melody avait réussi à envoyer un SMS, mais plus tard nous avons appris qu’il n’était pas arrivé.

            La soirée fut difficile, nous étions affamés, les moustiques sortaient de partout, de temps en temps nous entendions des gens crier, recherchant un parent ou un ami. Je me rappelle, qu’un Français, après une journée de recherche, avait eu l’information que son amie, ou sa femme était saine et sauve. Il nous a poussé de grands cris de joie. La nuit était vite tombée, heureusement nos deux nouveaux amis avaient 4 sacs de couchage en satin (tout fin) utile pour se protéger un peu des moustiques. Nous avons essayé de nous endormir, après avoir mangé un paquet de nouilles instantanées que nous avions trempées dans un peu d’eau froide. La nuit fut très courte, car personne n’arrivait à dormir. Je me rappelle que la nuit était claire, c’était la pleine lune je crois. Au matin, le soleil levé, nous sommes redescendus avec le couple à notre bungalow chercher nos valises. Nous avions entendu que les autorités allaient rapatrier tout le monde. Nos deux Suédois ne voulant pas rester, nous avions décidé de les accompagner. Nous avions 4 valises, les deux de plongée et nos deux autres pour les affaires personnelles. Heureusement que nous étions avec ce couple qui eux portaient des sacs au dos, car ils nous aidèrent à les tirer ou même les porter car dans certains endroits, la route était complètement détruite.

            A une intersection, nous les avons attendus car ils voulaient vérifier à leur hôtel pour voir s’ils pouvaient retrouver leurs passeports, mais ils sont revenus les mains vides. Nous avons continué à avancer en direction de l’embarcadère avec nos valises. Un moment la route n’étant vraiment plus, nous avons du passer par ce qui restait de plage. Nous avons demandé à nos amis s’ils pouvaient rester là et garder nos valises, le temps que nous allions au centre pour voir s’il y avait du monde et pour récupérer notre matériel de plongée s’il était encore là. Le rez était complètement détruit. Robert, le patron du centre était là, il nous rassura en nous disant que tout ceux du PhiPhi Scuba étaient sains et saufs. Il nous a demandé ce que nous pensions faire, on lui a répondu que l’on ne savait pas très bien, mais ayant une adresse à Bangkok, que nous pensions y aller pour se reposer, poser nos affaires et revenir pour aider. D’autres plongeurs arrivaient. Nous sommes allés voir notre équipement, il était encore là, sale, plein de sable, pétrole, mélangé avec les autres au fond du local à matériel. Nous avons presque tout retrouvé, il me manquait à moi seulement mes bottillons et les poches de lests de mon gilet stabilisateur. Nous avons rassemblé le tout et laissé nos coordonnées. Nous sommes ensuite allés rejoindre notre couple d’amis qui nous attendait sur la plage. Sur la plage nous avons réorganisé nos valises pour y ranger notre équipement.

            J’ai du retourner au centre car j’avais oublié ma pochette qui contenait ma carte SIM orange. J’y ai croisé Andy un ami instructeur Anglais et Fabrice qui allaient avec une civière, chercher des blessés. Andy était choqué, en larmes. Je leur ai dit au revoir et de prendre mes coordonnées que j’avais laissées. Sur la plage, Melody me dit que nos Suédois étaient allés à l’embarcadère et nous y attendaient. Les 500 mètres pour nous y rendre furent très difficiles avec nos 4 valises et nos deux sacs à dos,  celle avec le matériel de plongée elles étaient toutes très lourdes (celui-ci n’étant pas sec). Nous devions à maintes reprises passer certains coins, valise après valise. Il fallait escalader des déchets et ruines. Les 20 derniers mètres nous devions passer dans l’eau. Heureusement j’ai trouvé une toute petite barque en plastique, je me rappelle, elle appartenait à Barracuda divers. J’y ai installé nos 4 valises et j’ai tiré la barque dans l’eau. Heureusement notre nouvel ami Suédois nous a aidés à tout monter sur l’embarcadère.  Le soleil tapait. Les gens se poussaient pour prendre les bateaux. Au départ nous pensions attendre un peu qu’il y ait moins de personnes. Au bout d’un petit moment, c’est peut-être que le fait que nous avions chaud ou le fait que des gens commençaient à déposer des cadavres près de nous, nous avons décidé de rentrer dans la masse de gens pour prendre un bateau.

            Ayant entendu pendant la nuit que Phuket avait bien été touché et que l’aéroport n'était plus en état, nous avons décidé de prendre le bateau pour Krabi, comme la plupart des gens. Malheureusement dans la foule nous avons perdu notre couple d’amis, nous ne nous étions pas encore échangé nos coordonnées. Les gens étaient comme des fous. Le gros rassemblement de toutes ces personnes a fait qu’une partie de l’embarcadère a commencé à s’écrouler. Pas très facile pour nous et nos valises. Arrivés au bout de celui-ci, une mauvaise organisation était présente. Un moment un bateau pour Krabi arrivait d’un côté du ponton, du coup les gens poussaient pour y monter, certains se servaient de leur enfant pour passer devant tout le monde, mais à force de pousser ceux-ci, ils se faisant écraser et se mettaient à pleurer. A chaque fois que nous arrivions près du bateau, il était déjà plein, et le suivant arrivait une demi heure plus tard de l’autre côté. Trois asiatiques, voyant que nous avions de la peine à nous déplacer nous ont aidés, l’un était Chinois, un autre Coréen et le dernier des Philippines je crois. Ils étaient ensemble pourtant, mais deux de leurs amis avaient disparus, après les avoir cherchés ils avaient décidés d’aller voir à l’hôpital de Krabi. Chacun des trois prenant chacun une valise avec lui car eux n’avaient plus rien, ni passeport ni valise ni argent.

            Au bout de quatre heures au soleil, nous avons tous les cinq enfin réussi à monter sur un bateau pour Krabi. Dans le bateau la fatigue tomba. Je crois que nous avons tous un peu dormi durant la traversée. Mais je ne sais pas si c’est le fait d’être enfin dans un environnement calme, assis plus ou moins confortablement et détendu, mais pendant cette traversé j’ai commencé à ressentir toutes mes contusions, coupures et blessures, surtout sous mon pied où j’avais particulièrement une belle coupure et sous l’autre où j’avais du me planter quelque chose. L’arrivée à Krabi ne fut pas facile. Tout ces gens qui nous attendaient, des médecins, infirmières, journalistes et autres. A peine descendus du bateau quelqu’un regardait si nous étions blessés. Voyant mes blessures et me voyant sans doute boiter, il m’envoya me faire désinfecter. L’odeur était horrible sur cet embarcadère. Une odeur de mort régnait. Des bateaux avaient déchargé énormément de corps, certains enroulés dans des draps ensanglanté. Des occidentaux, des thai… et des enfants. Une vision des plus horribles que je vois encore. Comme cette odeur qui a mis plus de 24h ensuite à disparaître de mon nez. Après avoir été désinfecté, on nous envoya au bout du port nous expliquant que des bus nous attendaient, soit pour aller  à l’aéroport, soit pour aller en ville. On nous expliquait que tout était gratuit, l’hôtel s’il fallait rester ici, l’avion pour aller à Bangkok, la nourriture, etc. Nous dîmes au revoir et bonne chance à nos amis Asiatiques en espérant qu’ils retrouvent leurs deux amis sains et saufs. Nous avons donc pris le bus pour l’aéroport. Arrivés là-bas, on nous dit que vu que nous avions nos passeports, nous devions payer nos propres billets d’avion. Ne voulant pas nous énerver là-dessus, vu que nous avions heureusement cette somme sur nous, nous avons payé nos billets.

            Pendant l’attente de l’avion, nous avons enfin réussi à joindre nos familles, environ 36h s’étaient écoulées depuis la catastrophe. Ma mère contacta son patron de Bangkok. Il pouvait nous héberger. Il fallait l’appeler une fois arrivés à l’aéroport. Dans la salle d’enregistrement, l’armée était présente, elle distribuait de la nourriture et des tongs pour ceux qui n’avaient pas de chaussures ou qui avaient leurs chaussures abîmées. Un homme m’a dit de choisir une paire, mes chaussures de plage étant dans un état lamentable. Après presque deux heures nous nous dirigeâmes pour prendre notre avion. A la porte d’embarquement il y avait beaucoup de blessés, en les voyant, nous nous sommes dit que nous avions vraiment beaucoup de chance de ne presque rien avoir. L’avion eu 1h de retard. Les premières personnes à entrer dans l’avion furent les blessés naturellement. Une fois dans l’avion, on nous à servi un petit encas, du poisson. Je n’ai mangé du coup que de petits biscuits, mais heureusement j’avais quand même mangé un peu avant la nourriture distribuée. Il me semble que l’on s’est très vite endormis. Le vol dura environ 1h10. Nous dormions lors de l’atterrissage qui nous réveilla en sursaut. L’arrivée dans l’aéroport de Bangkok ne fut pas joyeuse. Un car nous emmena dans un hall où nous attendaient tous les représentants d’ambassades. Un côté de ce hall était transformé en une sorte de mini hôpital pour soigner encore les blessés, car il y en avait partout. On a eu du mal à se faire comprendre que nous avions nos passeports et nos bagages. Des représentants nous demandaient de rester sur place. Mais nous, nous voulions nous éloigner rapidement de ce lieu. Nous avons quand même réussi à récupérer nos bagages et à trouver un bus pour nous emmener à la sortie de l’aéroport où nous avons pris un taxi pour nous rendre dans les appartements où sont logés les employés de la société où bosse ma mère.

            Robert Cohen, le patron, nous a accueilli, accompagnés et fait visiter l’appartement. On a peu discuté ce soir là, car il devait être 2h du matin du 28 décembre, nous avions très peu dormi depuis l’incident et étions crevés. Il nous a donc laissés, on a vite pris une douche, j’ai alors pu constater toutes mes petites blessures ; une dizaine de petites blessures sur les jambes, un genou bien râpé. Une belle entaille sous un pied accompagnée d’autres petites coupures et le dessus un peu râpé. Sous l’autre j’avais du me planter quelque chose en plus d’avoir aussi quelques petites coupures et le gros orteil avait du être un peu écrasé à la hauteur de l’ongle. Du ventre au torse, sur presque trois centimètres de largeur, ma peau était aussi râpée. J’avais aussi une belle contusion elle aussi un peu râpée sur la hanche droite et une autre avec un gros bleu bien noir sur la fesse gauche. Et pour accompagner cela quelques coupures sur les doigts. Je ne sais même pas à quel moment et comment je me suis fait la plupart de ces petites blessures (A part la coupure sous le pied, rien n’était profond). Après ce petit inventaire, nous nous sommes rapidement couchés. La fatigue a vite remporté sur la tristesse et le mal être que nous avions.

            Ce texte n’est qu’un aperçu de ces deux tristes jours que nous avons passés. En tout cas, comme je les ai vus. Il y manque sûrement plein d’éléments comme des blessés, des morts ou peut-être même des rencontres ou des personnes, de petits détails et certains évènements de faible importance. Je le peaufinerai donc, au fur et à mesure de mes souvenirs.

            Aujourd’hui une Association est en train d’être créée grâce à la mère de Melody et grâce à la mienne. Nous voulons rassembler divers dons pour aider les habitants de Koh PhiPhi ayant entendu que le gouvernement n’allait pas vraiment s’occuper d’eux. Nous savons que cela ne leur rendra pas leurs proches perdus, que cela ne remboursera pas leurs biens détruits, que cela sera moindre et nous savons que jamais nous arriverons à aider tous les survivants de ce raz de marée, mais nous espérons apporter un peu d’aide à quelques personnes qui n’ont plus grand chose surtout que nous, nous n'avons presque rien perdu.

            J’ai, tout comme Melody et je pense beaucoup d’autres survivants, un sentiment de culpabilité. Pourquoi certains on tout perdu, pour beaucoup même la vie, lorsque nous, on s’en est sortis avec presque rien ?

            Cette catastrophe restera gravée en moi. J’aurais vu plus de mort, de blessés et de tristesse, que jamais j’aurais cru en voir dans toute ma vie. Je me sens mal de ne pas avoir aidé certaines personnes que j’ai croisées lorsque j’allais à la recherche de Melody. Je revois encore sans arrêt certaines personnes et scènes dans ma tête. Je me sens constamment triste. Mais je me dis que maintenant il faut tourner cette page et commencer à aider à reconstruire.

            "Maintenant, nous attendons que l'Association d' aide à PhiPhi soit créé officiellement, pour recevoir des dons (parlez-en autour de vous). Ces dons seront utilisés à 100% pour aider les habitants de PhiPhi, soit en achetant certaines choses, soit pour payer des professionnels pour certaines charges, soit directement distribués à des habitants. Je compte sur vous tous pour votre aide."

             L'association sera créée par les Mamans de Gaël et Melody et c'est Gaël qui distribuera l'argent.

Voici l'URL du site de Gaël, sur lequel vous retrouverez leurs témoignages mais aussi, des photos prises le jour de la catastrophe :

http://www.g-ros.com/

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