Depuis sa ville natale de Toulouse, notre amie Dany nous envoie quelques-uns de ses poèmes. Mais avant de vous les laisser découvrir, voici son tout dernier "bébé", intitulé " 21 Septembre 2001 ", écrit le 14 Novembre 2001... Cri du cœur après la terrible catastrophe qui a endeuillé cette cité mystique, à l'instar des habitants de Toulouse, la colère et l'indignation légitimes de Dany ont effacé la clémence relative après l'explosion. Nous partageons pleinement cette révolte, face au laxisme des pouvoirs publics...

<< 21 Septembre 2001 >>

Vendredi bleu, matin d'automne
Sous le soleil, les rues bourdonnent
Matin doré, sur la Garonne
Les mouettes vives tourbillonnent.
Et soudain déchirant l'espace
Une explosion fige sur place,
Un choc énorme fait haleter
De terreur la cité pétrifiée.
Spectres hagards dans la poussière ,
Des corps en sang, épaves de chair
Vie brisée des êtres dévoués
Les trimards comme on les appelait
L'onde funeste se propage,
Semant la mort dans les décombres
Et la menace du nuage.
Souffle coupé, la ville sombre
Dans un chaos de cendre et de feu,
Rouge chimique dans le ciel bleu,
Le monstre a craché son poison.
Trusts financiers Total - destruction !
Le prix de la vie, on l'a payé
Beaucoup trop cher pour pardonner.
Ils ont brisé les rires des enfants,
Éteint la lumière dans leurs yeux
Marqué leur chair du sceau infamant
Du mépris de la vie, les maffieux .
Ils ont tué et sinistré,
Ils ont ruiné, handicapé,
Ils ont détruit et endeuillé,
L'Erika... l'AZF... et après ?
Toulouse, notre belle cité
Ton fleuve dolent empoisonné
Plaie béante sur ton flanc blessé
Tes habitants meurtris, oubliés
Se relèvent et crient : plus jamais !

Toulouse le 14 Novembre 2001

<< Et toi le bonheur >>

Depuis de longs mois, chaque jour, mon amour
Je t'ai attendu, espéré, désiré,
Ne vivant que pour toi et déjà pour toujours,
J'étais pour la vie à ta vie attachée.

Lorsque les jours trop gris d'une existence vaine,
Accablaient mon âme de leur pesant fardeau,
Tu étais la lueur vacillante, incertaine,
De l'étoile le soir qui se pose sur l'eau.

Un jour, je le sais bien, la vie est ainsi faite
Tes pas te guideront vers un autre destin ;
Et moi, seule à nouveau, sans avoir l'air défaite
Mon cœur se brisera malgré mon air serein.

Mais pourquoi ce chagrin, alors qu'en ce moment
Tu es blotti contre moi, insouciant et ravi
Et je garde en mon cœur le souvenir présent
Du jour où, dans un cri déchirant de captif,
T'arrachant à ma chair, tu es entré dans ma vie
Mon fils.
Toulouse Novembre 1966

<< Âme Sœur >>

Le choc d'un premier regard
L'incertitude !
Le recul, la peur.
Peur de la révélation
Peur de moi
Et de ce qui me submerge inexorablement.
L'émoi, le timide espoir
D'avoir enfin trouvé
Ce que l'on n'attendait plus,
Et cette vague qui grandit
Et balaie tout sur son passage.
La certitude
Le murmure de l'eau et nos silences.
L'attente d'un aveu.
La crainte de l'aveu.
Un feu de bois et nos silences.
Un geste ébauché, deux mains tendues,
L'élan incontrôlable.
Mon souffle sur tes cils, sur ta joue veloutée,
Ta tête abandonnée.
Ma soif de toi, de ta peau, de ta voix
L'inaccessible rêve, mon incrédule joie.
Nous sommes un, la boucle est bouclée
C'est le commencement et c'est la fin
L'éternité
Toulouse Mars 1990

<< KOSOVO >>

Et l'hiver arrivait, avec dans son cortège,
ténèbres et frimas, angoissante pâleur
du soleil qui frémit et que la brume allège
d'un vaporeux nuage exhalant sa froideur.

Tu es parti avec lui, vers des terres inconnues,
Avec la volonté d'apporter ton soutien
Aux peuples affamés, agonisants et nus,
Face au tyran abject qui pille tous les siens.

L'image qu'ils en ont, dans notre belle France,
Parée de doux ruisseaux et de vertes vallées,
Ces fats inconséquents, p.d.g de l'outrance,
Un fait divers, sans plus, un flash à la télé.

Et toi mon tendre amour, courageux et sincère,
Tu as reçu en plein cœur l'horreur de cette guerre,
En arrivant là-bas pour servir ta patrie,
Sur la terre martyre de l'ex-Yougoslavie.

Et tu découvres là, au milieu de ces ruines,
Un peuple anéanti, muré dans sa douleur,
Errant désespéré, cerné de champs de mines,
Tendant leurs mains vers toi, espérant un sauveur.

Malgré ton désarroi devant tant de souffrances,
auxquelles ta jeune vie ne t'as pas préparé,
tu donnes sans compter ton aide et ta présence,
à ceux qui ont perdu même leur dignité.

Ta mission terminée et de retour en France,
Tu trouveras un havre où poser ton fardeau
Ton front sur mon épaule, tu pourras à outrance
Te libérer enfin de ces pleurs et ces maux.

Je saurai consoler toutes ces déchirures,
Dans mes bras tu pourras épancher ta douleur,
Tu as aidé tous ces gens à panser leurs blessures,
Ce peuple aux abois, tu as été des leurs.

Alors dès ton retour, ne gardes en ta mémoire
Que la chaleur humaine que tu as dispensée ;
Oublie tous les tourments, ce n'est pas pour la gloire,
Que pendant quatre mois, tu as autant donné.
Toulouse Février 1998

<< Eldorado >>

J'irai un jour là-bas vers la terre promise,
J'irai sans nostalgie d'un monde sans relief,
Libérée des fardeaux, consentante et soumise,
J'irai sans un remord, libérée des griefs.

Les luttes, les combats et les vaines attentes
Ne seront plus alors qu'illusoires défis ;
Je marcherai tout droit vers les rives clémentes,
Le cour enfin serein, apaisé et soumis.

L'école de la vie a été trop cruelle
J'ai lutté, bataillé et recherché en vain
Ce havre rassurant, cette paix essentielle
Que ma soif d'absolu cherchait toujours plus loin.

Et mon âme d'enfant, opiniâtre et naïve
S'accrochait à l'espoir, malgré les durs écueils
Que la vie fit surgir au milieu de l'eau vive
D'un parcours jalonné de souffrances et de deuils.

Je refuse aujourd'hui de continuer la lutte
J'ai compris la leçon et ouvre enfin les mains
Pour laisser s'envoler ce qui me mit en butte
Aux tourments les plus fous. car ceci n'est pas mien.
Toulouse Octobre 1998

<< Éclipse >>

Tu avais dit ce sera pour toujours
Tu avais dit ce sera un grand jour.
J'ai longtemps hésité
A rentrer dans ton rêve,
Fuyant l'absurdité
D'une passion sans trêve,
Comme si j'en pressentais
L'issue, la déchirure,
Ce vide noir et glacé
Cette morte lente et sûre.
Éclipse l'ombre descend
Silence dans ce champs.
Je cherche en vain ton âme,
De notre amour, la flamme ,
Pour partager cette émotion
Comme autrefois nous le faisions ;
Les mêmes larmes dans nos yeux,
Le même cour battait pour deux.
Mais mon élan se brise
Sur ton indifférence ;
Et la nuit tombe, grise
L'amour meurt en silence
Tu es là, si loin de moi
Dans tout mon corps, le froid.
C'est la fin du parcours
Éclipse de l'amour
Soleil noir des regrets
Un jour un champs de blé,
Au milieu de l'été.
Tu avais dit ce sera un grand jour
Tu avais dit ce sera pour toujours.
Toulouse 11 Août 1999

<< Amour virtuel >>

Tu n'es qu'une image
Crée au fond de moi ;
Tu n'es qu'un mirage
Qui me frôle parfois.

Des silences et des mots
Qui s'effacent aussitôt,
Magie de l'écran bleu
Qui sublime le jeu.

Mais je ne suis qu'une ombre
Comment peux tu m'aimer ?
Ombre parmi les ombres
Je ne fais que passer.

Trop de leurres ont déjà
Brisé cette confiance ;
J'ai peur de tout, tu vois
Mon cœur est en souffrance.

Tel l'animal blessé,
Je fuis et me protège
Et bien avant d'aimer
Je décèle le piège.

Laisse-moi m'approcher
Au plus près de ton âme ;
Tous les mots seront vains
J'en capterai la flamme !

<< Une larme pour la terre >>

Le goéland souillé à mort s'échoue et agonise ;
Le flot nauséabond submerge les rochers,
La vague alourdie perd l'élan et se brise,
notre mer nourricière victime des pétroliers.

Et là-haut, tout au Nord, la terre condamnée
Tchernobyl la mutante, irradie sans pitié.
Ici, des enfants meurent, malgré la vie donnée
Par leur mère ignorante de ces atrocités.

Bulgarie, toi qui connut les affres de la guerre,
Pourquoi avoir laissé s'échapper en secret
Le mercure tueur qui dévaste à jamais
Les ruisseaux cristallins, la faune toute entière.

Et l'homme, prédateur imbu de sa puissance,
Continue ses ravages, aveugle et prétentieux ;
Méprisant l'avenir, il pollue à outrance
En détruisant la terre, il se prend pour un dieu.

Planète bleue,
De l'alchimie complexe naquit ta perfection
La vie et la richesse de l'océan fécond.
Du trésor que la nature mit entre vos mains
Qu'avez vous fait, les hommes .où vivrons nous demain ?
Toulouse Janvier 2000

<< Mirage >>

Parce qu'il arrive un temps où le cœur est trop lourd
Et que la déraison est née de la souffrance,
Tel l'animal qui mord cette main qui s'avance
Parce qu'on l'a blessé, il refuse l'amour.

Et la colère monte, la révolte et la haine
Pour ces briseurs de rêves et ces violeurs de cœur
Qui prennent notre vie, la détruisent et la mènent
Au bout du désespoir, du vide et de la peur.

Et toi tu étais las de trop de solitude
De futiles plaisirs, de joies sans lendemain
Las de jouer ce rôle, las de ces habitudes
Laissant le corps repu et le cour sur sa faim.

Tu as croisé un prénom au détour d'une page
Qui a fait rêver ton âme en quête d'absolu
Découvrant une histoire, tu as bâti une image
Osant des sentiments que tu n'espérais plus.

D'emblée j'ai eu trop mal de trahir ta confiance
Et j'ai voulu très vite en risquant ton mépris
Mettre les choses au point, libérer ma conscience
Te demander pardon d'avoir ainsi menti.

Alors, acceptes-tu qu'en dépit du mirage
On reste des amis contre vents et marées
Pour pouvoir tour à tour se donner le courage
D'affronter cette vie qui nous a tant blessés.

Toulouse Février 2000

<< Damiende >>

Le souvenir d'une soirée
Moments de bonheur partagés
Joute des mots pour le plaisir ,
Complicité de nos fous rires.
Jusqu'au bout, tu as joué le jeu,
Nous offrant ta gentillesse
Et ton humour si chaleureux
Sans dévoiler ta détresse.
Et ce jour là, tu es venu
Offrir un adieu silencieux
A tous ceux qui n'avaient pas su
Deviner qu'à travers ce jeu
Se terrait ta souffrance tue.
Tu as refusé le combat
Qui mène à la déchéance
Résigné, tu as baissé les bras
Tu n'as pas cru en ta chance.
J'espère que tu es là-bas
Sur des rivages radieux.
Et je veux croire en l'au-delà
Pour te savoir libre et heureux,
Toi qui est parti silencieux
Sans voir les larmes dans nos yeux.
Tes amis de cara.12 décembre2001

<< Enfance perdue >>

J'aurais voulu que tu m'apprennes
Au fil des jours, au fil du temps
En prenant ma main dans la tienne,
Tous les secrets qui font un grand.

J'aurais voulu que tu m'amènes
Dans la forêt voir les oiseaux,
J'aurais voulu que tu me mènes
Sur la trace des animaux.

J'aurais voulu que tu me nommes
Les étoiles de la voie lactée
J'aurais aimé que tu m'étonnes
Avec la lune et les marées.

J'aurais voulu que tu sois tendre,
Penché sur mes devoirs d'enfant,
J'aurais aimé te faire comprendre
Qu'avoir un père est important.

Mais tu n'as laissé comme trace
Que des violences et des rancœurs
Quand tes colères et tes menaces
Éteignaient la joie de mon cœur.

Ce n'était que ton mal de vivre
Tu m'as aimée à ta façon
Mais j'ai vécu dans ta dérive
L'enfance comme une trahison.
Toulouse le 3 Décembre 2001

<< NOËL-TOTAL-MENT >>

Je pense à eux
C'est pas humain
Je pense à ceux
Qui n'ont plus rien.
Et l'insolence
De l'abondance
Accroît ce soir
Leur désespoir.
Toutes ces paillettes
Ces tenues de fêtes
Face aux fenêtres
Brisées, condamnées
Et aux cheminées
Vides, cassées.
Aux disparus
Aux mutilés..
On n'en veut plus
Elle va rester
AZF... et
Mort annoncée
Le dérisoire
Et l'illusoire
Une seconde.. et puis plus rien
Mais la leçon
Ne sert à rien.
Et l'insolence
De l'abondance
Repaît les cons !
Que l'on excuse
Ma dérision
Mais elle accuse
La déraison.
Et tous les jours
Je les côtoie
Aveugles et sourds
Au désarroi,
Bien installés
Dans leur fierté
Au volant de leur BMW
Et relookés J.P. Gaultier.
Petit bourgeois
Avide et froid
Et si demain
Ça t'arrivait ?
Faudrait que la terre
S'arrête de tourner ! ! !
Toulouse 21 Décembre 2001. 3 mois après

Copyright 2001 © Dany.

ARTISTES À DÉCOUVRIR

Accueil  /  Gabriel Bonmati  /  JP Zaugg  /  Œuvres ANA

Œuvres ANA2  /  Œuvres ANA3  /  Œuvres Anonymes

Œuvres Christian  /  Œuvres Dany  /  Œuvres Janine Tableaux

Œuvres Marie Blanche  /  Œuvres Michele  /  Œuvres Yves

Œuvres Yves Photos  /  OLIVIER ZANARELLI

AUTRES DOSSIERS

PLAN DU SITE