Le mensonge des mots

La déraison se pâme

En d'impénétrables pensées

Que le temps précipite

Sur des pentes profondes.

Il n'est rien d'autre à dire

Quand la vérité se joue

De nos phrases sans vie

De nos mots prononcés

Pour le plaisir de dire

Et de se raconter

Les rêves que l'on fait

Qui ne seront que rêves,

Ou cet être idéal

Que l'on ne saurait être

Que l'on ne voudrait être

Mais qu'il faudrait paraître.

La mémoire s'épuise

A trop vouloir se perdre

Dans un passé d'emprunt

Aux saveurs dépassées.

 

Voici,

Sur les pages étales

A l'encre bleue des mers

Cette histoire sans égale

Que les autres vénèrent.

Voici,

Le dernier, l'être ultime

A l'immense bonté

Dont les seuls mots subliment

La misère des années.

J'aperçois sur le bord de la page

Tous les mots comme au bord du rivage

S'en reviennent, rejetés par les flots

Les déchets sur l'écume de tes mots.

 

La pluie m'horripile

Aujourd'hui, je m'ennuie

De ce ciel chaque jour aussi gris

De ces ponts que j'essaye d'inventer

Pour soutenir encore chacun de mes pas

Qui chancellent au-dessus des grands vides.

Je m'invente un chemin

Qui me perd aussitôt.

J'imagine des lumières

Qui me crèvent les paupières.

Je m'invente des nuits

Aux couleurs du néant.

J'invente des amours

Par delà la mémoire.

Je m'invente une vie

Que la folie me ravie.

Je traverse les jours

Sans savoir où je vais

Et j'ai longtemps perdu

L'audace de mon âge.

Aujourd'hui je m'ennuie,

Tu n'es plus qu'un parfum

Et la pluie m'horripile.

 

Les persiennes

Les persiennes s'épuisent

Pour d'anciennes pensées

Qui s'envolent puis se posent

Sur le bord évasé

Des paupières de tes nuits

Qui s'évadent en silence.

Les secrets se libèrent

Sans jamais laisser voir

Ni l'envers à venir

Des histoires soupirées

Des couloirs de pénombres

Ni lumières aux couleurs délavées

Repoussant les vestiges

Que délaisse la mémoire

Au-delà de tes yeux.

Puis se ferme la porte

Sur le seuil assoupi

De ce jour qui descend,

Qui se perd et n'est plus

Qu'une image d'hier

Qui s'oublie dans la nuit

Comme une ombre lointaine

Aux contours éphémères

Par delà les persiennes.

 

Couleurs sur la toile

Les couleurs qui surgissent en travers de la toile

Sous nos yeux transparents et vidés de lumière

Réinventent une vie à l'instant où s'étalent

Les tourments des chemins recouverts de poussière.

Sous nos yeux transparents et vidés de lumière

Se dessine chaque jour un peu plus d'amertume

Cependant que nos pas dans le temps s'accélèrent

Pour ne faire de nos vies plus qu'un rêve posthume.

Je gardais dans la main

Encore chaude et serrée

Comme des restes d'amour

Que le vent par surprise

S'en venait dérober

Au milieu de mes rêves.

Réinvente une vie à l'instant où s'étale

Le bien peu que nous sommes, toi qui n'es pas d'ici

Mais en qui l'on espère, car tu ne sais le mal

Qui s'écoule chaque instant de nos cerveaux meurtris.

Les tourments des chemins recouverts de poussière

Ont perdu nos mémoires, nos amours, nos enfants.

Nous voilà de nouveaux retombés sur la pierre

Des ancêtres savants qui partaient loin devant,

Qui partaient sans savoir

Qu'il fait froid dans le noir.

Je gardais dans la main

La chaleur de tes doigts

Que je tenais serrés

Pour qu'ils ne s'enfuient pas.

Nous marchions tous les deux.

Tu ne me savais pas.

 

Les punaises

J'ai collé sur le mur

Des lambeaux de ma vie

Quelques lettres,

Peu de mots

Chuchotés ou écrits

Sur des cartes postales

Sur des cartes d'oubli

Qui ne sont maintenant

Que poussières lancées

Dans le ciel infini

Qui me sépare de vous

Qui m'avez oublié

Où qui n'êtes plus d'ici.

J'ai collé sur le mur

Ces lambeaux de ma vie

"Je suis loin",

"Il fait beau",

"Tu me manques",

"Comme il pleut",

Qui ressemblent à des mots

Que l'on dit sans y croire

Et dont l'équilibre ne tient

Que par quelques punaises

Que mon cœur a subies

Et qui bercent mes nuits

Et transpercent ma vie.

 

Le sens des mots

Je perds le sens des mots

A toujours les entendre

Sans que jamais pour autant

Les questions posées vainement

Ne trouvent la juste réponse

Pour s'éloigner du vide,

Pour éviter la chute.

J'aimais bien dire ces quelques mots

J'aime.

Ce serait bien si c'était vrai

Le vent qui court sous les cyprès

Si c'était vrai, ce serait beau.

La main n'est pas celle qu'on attend

Caresse chère qui réchauffe et se tend

Dans un geste amical qui n'est plus

Qu'une histoire lointaine aux parfums de poussière.

Elle retombe en éclats incessants

Sur la douleur que réveille chaque fois

Le seul désir de vivre,

De rêver, d'espérer.

Mes rêves lourds s'en sont allés

En images serviles et ternies

Au-dessus des décombres, étalés devant moi

Dans lesquels il n'est plus que les bruits

Pour croire encore que la vie est ici.

Mes miroirs sont brisés et s'envolent loin de moi.

J'aimais bien dire ces quelques mots

J'aime.

Comme à la fin d'un jour de fête

Les souvenirs qu'il nous en reste

Sont déjà tristes et en lambeaux.

J'invente alors des mots nouveaux

Pour qu'ils ne puissent servir à rien,

Passe-temps inutiles, entassés.

Car le temps va sans vouloir

Nous donner de chance aucune,

Et puis s'évade sans pouvoir

Faire de nous ces grands hommes

Qu'on croyait qu'on était.

J'aimais bien dire ces quelques mots

J'aime.

Ce serait bien si c'était vrai

Le vent qui court sous les cyprès

Si c'était vrai, ce serait beau.

  Copyright 2001 ©

Christian Geneviève.

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